Phénixologie: tournage du film "Le Testament d'Orphée" de Jean Cocteau

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Actes sud, 2003 - Photography - 185 pages
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Ce film abolit le temps puisque le Sphinx, Minerve et Œdipe y côtoient les vivants de notre époque, au cœur desquels règne le Poète, qui doit mourir plusieurs fois pour renaître comme le Phénix. Conte moderne en images que seul un grand poète pouvait mener à bien. C'est Pablo Picasso qui m'a présenté à Jean Cocteau en 1956. Très vite je lui ai envoyé des photographies de Gitans qui l'aidèrent à réaliser ses fresques de la chapelle Saint-Pierre à Villefranche, puis il vint aux corridas d'Arles. Il me parla de son projet de film, il souhaitait que je l'aide pour la partie gitane. Il finit par me proposer de photographier le tournage d'abord aux Baux-de-Provence puis sur la Côte d'Azur, ceci en toute liberté. Une chose est de lire la poésie, autre chose est de la vivre : déjeuner avec Œdipe, plaisanter avec Minerve, faire des blagues avec le Sphinx était notre lot quotidien, tout cela entre des stars très complaisantes : Picasso, Dominguin, Lucia Bosé, Jean Marais, Yul Brynner, Charles Aznavour et tant d'autres. Et, plus jeune que nous tous, véritable chef d'orchestre, Jean Cocteau, premier levé, dernier couché, considérant le plus humble machiniste comme une star, s'enflammant pour les chants des guitares gitanes, foisonnant d'idées qui laissaient éberlués les techniciens de l'équipe. Ce film impressionna très fortement les jeunes cinéastes de la Nouvelle Vague Jean-Luc Godard, Doniol-Valcroze, et surtout François Truffaut qui, bouleversé d'apprendre que Cocteau n'arrivait pas à boucler le budget, lui apporta spontanément les premières recettes de son film Les Quatre Cents Coups, tourné avec le jeune Jean-Pierre Léaud. C'est Doniol-Valcroze qui salua le film par son fameux "ce film ne peut être jugé : il juge". Nous voici donc près d'un demi-siècle plus tard face à ces images qui nous livrent effectivement le testament d'un des plus grands poètes du XXe siècle, qui sut se servir des moyens de son époque, en les sublimant, sans doute pour répondre une fois de plus à la demande pressante de Serge de Diaghilev : "Etonne-moi." (Lucien Clergue 19 juillet 2003, Arles)

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