sens et futurs, meubles et immeubles, en quelque manière qu'ils soient, à Commode et à Torquato, mes fils légitimes et naturels; les priant de ne faire dire ni messes ni prieres pour mon âme : voulant au contraire qu'ils s'amusent à jouer, à fréquenter les filles de joie, à boire, à se battre, et à faire tout ce qu'il y a de plus détestable et de plus abominable, afin que, tout mon héritage incessamment dépensé, mes fils tombent" dans le désespoir, et qu'ils se pendent par leur col. »

0«niB.p- Naples eut aussi la gloire d'avoir son

ttsta Basile , t D

„é * HaPies. conteur facétieux Giovani Baptista Basile, comte del Torone, .membre des académies des extravagans, et de celle des oisifs. Il prit le surnom de paresseux, quoiqu'il fût un écrivain très-laborieux, n II composa pour s'amuser un recueil de

contes qu il intitula il fentamerone , ou les cinq journées, à dix contes chacune* Ce sont cinquante histoires de facéties et de folies à faire pouffer de rire les nourrices, les enfans, les jeunes femmes, et, ce qui est plus étrange, les sages même.

On se demande en vain comment un ouvrage où il n'y a ni pensées, ni allégories , ni satyre , ni allusions , ni raison, ni rien qui parle au cœur ou à l'esprit, attache par je ne sais quelle naïveté de style, ou quel enchaînement de plaisanteries, et force à rire malgré le bon sens qu'il révolte à chaque page. On sent que l'auteur se joue de celui du lecteur, et on en rit avec lui.

Le cadre dans lequel ce Jean Basile enchâssa ces cinquante histoires est lui-même un conte absurde. «C'est une princesse qui n'a jamais ri. Son père, roi de Valle Pelosa, lui fait voir en vain les matassins , les escamoteurs, les joueurs de gobelets, les danseurs de corde, les faiseurs de culbutes et de tours de force, les marionettes, les fantoccini, l'âne qui boit dans un verre, l'âne qui vole, les chiens qui dansent. Il fait venir des arlequins de Bergame, des pantalons de Venise, des gilles de France, des hanswourth d'Allemagne j ils ne peuvent arracher un sourire à la princesse.

Une vieille qui en tombant lui montre son derrière déformé et ridé , en obtient un sourire très-léger; et, de dépit, cette vieille sorcière la condamne à épouser un prince décédé qui ne doit ressusciter que quand une femme versera assez de larmes pour remplir une urne. Bref on assemble cinquante poissardes pour faire des contes, et elles en font pendant cinq jours, au bout desquels la princesse épouse le prince revenu au monde et remonté sur son trône.

Ce livre est écrit dans un napolitain fort difficile à entendre, et qui nuit à sa célébrité même en Italie.

Ce Jean-Baptiste Basile écrivit ce conte à la fin du seizième siècle« ou au commencement du dix-septième; et termina, pour ainsi dire, ce siècle que les Italiens appellent le bon; surnom qu'il mérite par le grand nombre d'hommes à talens qu'il produisit chez eux en tous genres.

Une foule d'amateurs dont je ne parle pas fit aussi des contes sous les titres les plus plaisans qu'ils purent imaginer. Faits et dits notables, faits et dits agréables , facéties et mots subtils , facéties , paroles et bourdes 3 astuces , journées , heures de récréations , jeux , nouvelles amoureuses , passe-temps; déportemens , etc. Vincent Vincent Brugiantino , gentilhomme de nTihommJ Ferrare, mit en vers italiens les nouvelles ferrai. ^ Bocace j mais il ne mit pas dans ses vers ces grâces, cette naïveté, ces tournures heureuses dont Bocace abonde , et que les Italiens appellent Vezzi di lingua: termes que nous pourrions traduire en français par jeux d'expressions. On semble en effet, en employant ces tournures , se jouer de la langue ; on en franchit les difficultés sans pourtant en violer les règles. C'est ce qui fait le charme de la poésie, de la prose élégante et légère , et c'est ce qui n'appartient qu'aux grands maîtres.

Les Italiens préférèrent la prose de Bocace aux vers du Bruglantino.

La langue italienne était fixée, et le Décaméron ne perdait pas de ses beautés, lie temps semblait les augmenter, en rendant ses expressions plus naturelles et plus naïves.

En France au contraire la langue n'avait point encore de forme fixe. Les contes de la reine de Navarre n'étaient point classiques. Elle avait attiré à sa cour les plus beaux esprits de son temps. Elle leur avait donné le titre de valets de chambre, afin qu'ils eussent une libre entrée auprès d'elle sans blesser l'étiquette.

Eon..vtr.mre Un d'eux - appelé des Perriers, fut aunf h An.ay-i.. teur du Cymbalum mundi, ouvrage qui B.r-i.r..\ui-», causa d'autant plus de scandale que les parlemens, les prêtres et les philosophes s'élevèrent contre, parce que l'auteur s'y moquait d'eux tous.

Ce Cymbalum mundi , cette clochette , ce grelot , ou plutôt cette marotte du monde, était un petit livre écrit en français, quoique le titre fût en latin. Cette bizarrerie commença son succès; la censure qu'en fit la Sorbonne, le 19 mai i6~38 , augmenta sa célébrité ; le parlement la rendit tout-à-fait éclatante, en le condamnant au feu. L'édition en fut bientôt épuisée, et peu de gens pilrent lire cet ouvrage.

Cependant, sur la parole des théologiens et des magistrats, on crut le Cymbalum un livre détestable, impie, abominable. On le trouve ainsi qualifié dans plusieurs écrits du temps, et ces injures furent répétées jusqu'au commencement du dix-huitième siècle.

Des libraires de Hollande, persuadés que la mauvaise réputation de ce livre lui attirerait des acheteurs, et leur vaudrait de l'argent, le réimprimèrent. Le public fut bien étonné de n'y trouver que de faibles

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