même esprit général, mais offrir dans ses détails un caractère plus mâle et plus sévère. Le Comité et la Commission d'instruction publique ont voulu, cette fois encore, avancer de quelques pas vers le but que doivent un jour atteindre les fêtes nationales, Les sages réflexions présentées dans cette tribune ont fait sentir qu'il fallait renoncer à ces processions éternelles qui consument une journée entière, qui fatiguent le peuple sans l'amuser, et qui ne peuvent avoir de motif raisonnable que lorsque l'objet de la fête est de porter au Panthéon la cendre triomphale d'un grand homme. On a senti également qu'il fallait, au moins pour l'instant, renoncer à ces représentations scéniques qui ne peuvent occuper qu'une très-petite portion du peuple, mais qui, répétées abusivement sur tous les théâtres de France, n'ont fait que donner aux entrepreneurs de ces théâtres l'occasion de réclamer des indemnités, dont la somme devient chaque jour plus effrayante. On a cru devoir enfin présenter aux yeux des Français quelques essais de cette gymnastique que perfectionneront le Tems et le Génie national.

Des jeux militaires, exécutés dans le Champ de la Fédération par cette colonie de Spartiates, par ces jeunes élèves de l'École de Mars, au milieu des trophées de nos quatorze armées triomphantes, au milieu de nos braves soldats, si glorieusement mutilés pour la cause de la Liberté; une musique fière et belliqueuse, animant des danses civiques; des hymnes, préparant de nouvelles victoires en chantant les victoires passées; le temple de l'Immortalité s'ouvrant devant le Peuple, devant ses représentans, devant ses défenseurs, devant ces guerriers naissans qui, dans leurs jeux, s'accoutument à vaincre; le Président de la Convention nationale gravant, pour l'histoire et pour les siècles, sur la pyramide du temple de l'Immortalité, le nom des armées de la République, et rénumération de leurs victoires: voilà les principales images qui ont paru dignes d'être présentées au Peuple français, triomphant des tyrans de l'Europe, et préparant, par des conquêtes, la paix qu'il doit un jour accorder au monde; le reste doit être abandonné au génie de ce Peuple même, dont les pensées sont grandes, parce qu'elles sont libres, et dont la présence agrandit tous les arts, parce qu'il est près de la Nature, que tous les arts doivent imiter.

PLAN DE LA FÊTE.

Le 3o vendémiaire, à 9 heures précises, la force armée des sections de Paris se rassemblera au Champ de la Fédération avec drapeaux et flammes.

Les blessés des diverses armées et les militaires invalides se rassembleront autour du rocher élevé au milieu du Champ.

La Convention nationale se réunira dans la maison de l'Ecole militaire.

Aussitôt que la force armée de Paris, les blessés et les militaires invalides, seront assemblés, la Convention nationale se rendra sur le rocher élevé au milieu du Champ, et qui offrira l'aspect d'une redoute.

L'Institut national de musique précédera la Convention, et se placera sur le rocher, à l'endroit qui lui sera indiqué.

Le Président, placé avec la Convention nationale sur le sommet du rocher, prononcera un discours, après lequel on exécutera le chant du départ, paroles du représentant du Peuple Chénier, musique du citoyen Méhul.

Les élèves du Camp de Mars feront ensuite l'attaque simulée d'une forteresse, qu'ils emporteront d'assaut.

Cette forteresse soumise, la Convention nationale descendra du rocher pour se rendre au temple de l'Immortalité, élevé au milieu du Champ, entre le rocher et l'École militaire.

Les élèves du Camp de Mars entoureront les blessés des armées, et, suivis du char de la Victoire, formeront une marche triomphale, qui se rendra au temple de l'Immortalité, après avoir

fait le tour du Champ de la Fédération.

Les trophées seront déposés au sein de la Représentation nationale; et le Président, au nom du Peuple français, gravera sur la pyramide élevée au milieu du temple de l'Immortalité les noms des armées de la République, et rénumération de leurs victoires.

L'Institut national de musique exécutera un hymne, paroles du citoyen La Harpe, musique du citoyen Lesueur.

Le soir du même jour, on illuminera le petit monument élevé sur le bassin du Jardin national, en face du pavillon de l'Unité, et au milieu duquel sera élevée une urne funéraire consacrée aux mânes des guerriers morts en défendant la Patrie.

Une députation de la Convention nationale viendra, au nom de la Nation entière, déposer sur cette urne une couronne de chêne.

Des orchestres seront élevés sur les places du Panthéon, de la Bastille, et dans le Jardin national; et la fête se terminera par des danses, témoignage de l'allégresse publique.

La Convention nationale applaudit, et adopte le plan proposé par Chénier.

RAPPORT,

AU NOM DU COMITÉ D'INSTRUCTION PUBLIQUE,

SUR LES FÊTES DÉCADAIRES.

Séance du i" nivôse an III ( 30 décembre 1794, vieux style).

La. Liberté, conquise par la puissante énergie du Peuple, ne s'affermit que par des lois sages, ne s'éternise que par les mœurs. Tous les préjugés tendent à la détruire; et les plus redoutables sont ceux qui, fondés sur des idées mystiques, s'emparent de l'imagination, sans donner aucune prise à l'intelligence humaine. Ainsi, sur les deux Continens, les Nations se sont égorgées pour des religions rivales, mais également ennemies des Nations ; et le sang des hommes a coulé pour des opinions que les hommes ne comprenaient pas. C'est avec une raison active et pratique, c'est avec des institutions tutélaires de la Liberté, qu'il faut attaquer des institutions tyranniques et anti-sociales. La philosophie ne commande pas de croire: les dogmes, les mystères, les miracles lui sont étrangers; elle suit la Nature, et n'a pas la folle

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