côté, Isaïe place lesElohim supérieurs au côté du Septentrion où résidaient les sept Kôkabim des Chaldéens, les sept Amschaspands des Perses et les sept Richis des Indiens (1), et que, de l'autre, le psalmiste demande à Jéhovah de le délivrer du démon du midi (2), côté du ciel où la secte persane des Manichéens continua de placer l'empire du mauvais principe (3).

On conçoit dès lors que les fleuves et les animaux paradisiaques aient été reportés successivement dans les deux Hémisphères supérieur et inférieur. La chose était d'autant plus naturelle chez les Aryas de l'Inde et de la Perse que leur mont sacré (Mêrou ou Albordj) était réputé embrasser et réunir les trois mondes, en sorte que la source divine qui en découlait (Gangâ ou Ardouissour) pouvait s'y diviser en quatre canaux dans le ciel et dans l'enfer, tout aussi bien que sur la terre. Dans tous les cas, il est évident que les peuples qui ont placé quatre fleuves, soit au ciel, soit dans l'enfer, soit dans les deux à la fois, en ont emprunté les noms à ceux de la terre. En cela, ils n'ont point cherché à nous donner le change, comme le suppose Dupuis (4) ; ils ont au contraire voulu nous en indiquer l'origine terrestre. Ils espéraient revoir dans le monde à venir les cours d'eau qu'ils avaient fréquentés dans le monde actuel, et ils les ont reportés de celuici dans celui-là. Voilà tout. Si plus tard leurs prêtres ont fait descendre ces fleuves favoris, soit de la voie lactée au pôle-nord , soit de la bande zodiacale aux quatre points d'intersection des colures, ce n'a été que pour les rendre plus

(1) Voyez ci-dessus, introduction, p. 6-7.

(2) Ps., XC, 6.

(3) Beausobre , Histoire du Manichéisme, II, p. 298. — Dupuis, Origine des Cultes, V, p. 547, note 9.

(4) Mémoire explicatif, etc., p. 132.

sacrés aux yeux des croyants. Au surplus, les livres des Perses et des Indiens nous expliquent cette fiction sacrée lorsqu'ils racontent, les uns que les morts ressusciteront par la vertu des eaux de la source divine Ardouïssour (l), et les autres que celles de la céleste Gangâ ont déjà ressuscité les soixante mille fils de Sagara, lors de la descente de la déesse sur la terre (2).

(1) Zend-Avesta, II, p. 384 , 399 , 404.

(2) Voyez ci-dessus, sect. 1, p. 11, note 5, l'indication des ouvrages eontenant l'analyse du Gangâvataram.

RÉSUMÉ ET CONCLUSION.

Je crois avoir suffisamment établi dans le cours de ce mémoire (1) :

1° Que les traditions sémitiques, ou mieux sémitico-khamitiques, s'accordent avec les traditions aryennes pour placer le berceau de l'espèce humaine au nord de l'Inde, c'est-àdire dans une contrée orientale par rapport aux Sémites, échelonnés en Asie depuis la Médie-Atropatène jusqu'à la méditerranée (2) ;

2° Que cette région fut d'abord conçue comme étant identique à celle sur les montagnes de laquelle s'était arrêtée, après le déluge, l'arche de Noé, de Xisulhrus et de ManouVâivasvata (5) ;

3° Que, par suite du déplacement des peuples et de leurs migrations de l'est au sud et à l'ouest de la mer Caspienne, la montagne diluvienne fut reportée successivement dans les monts Bindou-Kouch, Soulaiman-Kôh, Damavend, Elbours, Gordyéens, Ararat et Caucase, avec changement de son nom aryen en nom sémitique (4) ;

4° Que les mêmes causes ayant agi sur la conception du séjour primitif de l'humanité après la création, ce séjour se trouva finalement transporté de l'Asie centrale dans la grande

(1) Au besoin, ce résumé pourra servir de table analytique des matières pour les principaux points traités , discutés ou exposés dans les quatre sections qui précèdent.

(2) Ci-dessus, p. 3-4.

(3) P. 3-5.

(4) P. 9-11.

Arménie, mais pour les Sémites et les Khamites seulement, les Âryas ou Japhétiques ne lui ayant fait subir que des déplacements bien moins considérables (1) ;

S° Que, comme la Genèse annonce que les descendants de Japhet, de Sem et de Khâm émigrèrent de l'Orient à Babylone, on doit suivre la route inverse pour retrouver le berceau de l'espèce humaine, c'est-à-dire passer de YArarat sémitique à ce que j'appelle VAryaratha aryen , nommé rou par les Indiens , Albordj par les Perses et Eden par les Hébreux (2) ;

6° Que, dans l'origine, l'Eden , l'Albordj et le Mêrou étaient tous trois envisagés comme un seul et même plateau, de figure quarrée, ayant ses quatre côtés tournés vers les quatre points cardinaux de l'horizon, et d'une hauteur tellement prodigieuse qu'il semblait se confondre avec le ciel, séjour des puissances supérieures (3) ;

7° Que cette haute région, suspendue, pour ainsi dire, entre le ciel et la terre et conçue comme le berceau de l'espèce humaine, passait pour être arrosée par un fleuve unique qui de là se divisait en quatre bras ou canaux , coulant vers quatre grandes contrées environnantes et orientées (4) ;

8° Que l'orientation des quatre cours d'eau et leur sortie d'une source commune constituaient, en quelque sorte, deux conditions fondamentales du premier séjour de l'humanité (S);

9° Qu'en admettant pour point de départ de la première migration des peuples la région de la petite Boukharie, bor

(1) P, 11-12.

(2) P. 5-8.

(3) P. 19, 45-6, 56-8,105, 115-6 et 185.

(4) Mêmes pages. —Par imitation, l'Inde et la Perse avaient été l'une et l'autre divisées en quatre parties , p. 47-8 et 128.

(5) Mêmes pages.

née à l'est par le désert de Gobi ou Chamo, au nord par le Thian-Chan, à l'ouest par le Belour-Tag et au sud par le Kouen-Lun, les deux conditions que je viens de rappeler se rencontrent tout d'abord et exclusivement, avec le degré d'exactitude et de précision que l'on peut espérer en pareille matière , sur la vallée alpine de Pamir, située enlre les sources du Tarîm à l'est, àzVIaxarte au nord, de VOxus à l'ouest et du Kameh-Indus au sud (1) ;

10° Que ce plateau, surnommé Bâm-i-Dounyâ, faîte du monde, en raison de son altitude démesurée, a reçu le nom de Pamir (en sanscrit Oupa-Mîra, pays auprès ou autour des lacs), par allusion aux quatre lacs, à peu près orientés, savoir : le Kara-koul à l'est, YIssi-koul au nord, le Sir-i-koul à l'ouest et le Hanou-Sar au sud, réputés sources des quatre fleuves paradisiaques (2) ;

11" Qu'il a l'avantage d'être environné par quatre régions que fertilisent les quatre fleuves et qui aboutissent à quatre mers également orientées, régions et mers qui étaient : à l'est la petite Boukharie et le lac Lop, au nord la Transoxiane et le lac Aral, à l'ouest la Bactriane et la mer Caspienne et au sud le Zaboulistan ( petit Tubet, Kaboul et Pendjab ) et le golfe d'Oman (3) ;

12° Que les quatre fleuves paradisiaques étaient originairement les mêmes pour les deux grandes branches de la race aryenne , alors qu'elles résidaient ensemble sur le plateau de Pamir, aux environs des quatre lacs ci-dessus mentionnés, dont le plus célèbre fut le Sir-i-koul, appelé eau Arvanda dans les livres zends et Vindousaras dans les livres sanscrits ; en sorte qu'à cette époque le Mêrou et l'Albordj se confon

(1) P. 66-72.

(2) Mêmes pages et p. 82-5.

(3) P. 52-3.

« PreviousContinue »