Il est regrettable qu'un simple article bibliographique ne permette pas d'embrasser toutes les modifications et améliorations que cette nouvelle édition a enregistrées. Ne citons que pour mémoire le chapitre de la pathogénie des maladies mentales que nous appellerons tout nouveau. C'est le premier ouvrage de médecine mentale publié en France qui fasse mention de la physiologie pathologique des psychoses, et en cela le travail se rapproche de ceux publiés en dernier lieu en Allemagne et en Angleterre, notamment par le Dr Bevan Lewis, de Wakefield. Le chapitre de la symptomatologie générale n'occupe pas moins de 160 pages et rencontre les nombreux travaux psycho-pathologiques publiés depuis ces quinze dernières années; nous appellerons spécialement l'attention sur la partie qui concerne l'anatomie pathologique et dans laquelle nous reconnaissons presque exclusivement la plume de M. J. Dagonet.

Après avoir exposé l'état de nos connaissances actuelles sur le traitement de l'aliénation mentale, les auteurs commencent la pathologie spéciale en mentionnant d'abord les classifications les plus importantes et en déclarant s'arrêter autant que possible à celle adoptée par le Congrès de Paris en 1889.

Ce serait une erreur de croire que la partie relative à la pathologie spéciale et qui apparemment doit ressembler aux descriptions quenous ont faites les autres auteurs, n'offre guère un intérêt particulier. Ce chapitre en plusieurs points peut rivaliser heureusement avec celui qu'on rencontre dans les autres travaux de médecine mentale. Que lo lecteur veuille bien jeter un coup-d'œil sur la partie qui traite de la paralysie générale progressive et il jugera aussitôt de la valeur et de l'originalité de l'œuvre.

Le traité se termine par trois autres chapitres, l'un sur la médecine légale des aliénés, complètement et heureusement remanié, l'autre sur l'organisation des asiles d-'aliniés et des sociétés de patronage, résumé de l'excellent mémoire que le Dr Giraud présenta au Congrès des médecins aliénistes de La Rochelle, en 1893, et le troisième sur l'administration des asiles d'aliénés.

Enfin, le travail est enrichi d'une carte des asiles de France et d'un tableau indiquant la population autorisée dans chacun d'eux et de quarante-deux photogravures, qui rehaussent considérablement la valeur de l'ouvrage.

Nous avons la conviction que l'œuvre des D" Dagonet et Duhamel, aidée du grand mouvement scientifique qui règne en France en ce moment, contribuera puissamment à stimuler le zèle et l'ardeur de ses médecins aliénistes. J. M.

Rapports et mémoires sur le sauvage de l'Aveyron. L'idiotie et la surdi-mutité, par Itard. — Préface par le Dr BourneVille (Bureaux du Progrés médical et Félix Alcan, Paris, 1894).

Depuis que le Dr Bourneville se trouve a la tête du service des enfants nerveux et arriérés de Bicêtre, il n'a cessé de faire connaître par des travaux nouveaux et multiples les progrès réalisés sur le terrain des maladies congénitales et chroniques du système nerveux chez les enfants.

A côté des nombreux médecins anglais et allemands qui se consacrent à l'étude de l'idiotie et aux soins nombreux que peuvent recevoir les enfants atteint de cette triste infirmité, se range le Dr Bourneville qui depuis quelques années a créé des élèves, un corps enseignant et un corps d'infirmiers présentant toutes les qualités requises pour traiter d'une manière toute spéciale aux points de vue thérapeutique et pédagogique et pour entreprendre l'éducation des jeunes arriérés.

Dans le travail actuel, le Dr Bourneville a réuni les mémoires d'Itard relatifs au sauvage de l'Aveyron et il les a fait précéder de l'éloge de cet auteur publié en 1839 par A. Bousquet. Itard s'enrôla Bous la bannière de Pinel et en étudiant les premiers développements du jeune sauvage de l'Aveyron, il arriva successivement aux conclusions suivantes: 1e Il faut l'attacher à la vie sociale en la lui rendant plus douce que celle qu'il menait en premier lieu, et surtout plus analogue à la vie qu'il venait de quitter; 2° 1 1 faut réveiller la sensibilité nerveuse par les stimulants les plus énergiques et quelquefois par les vives affections de l'âme; 3° Il faut étendre la sphère de ses idées en lui dounant des besoins nouveaux et en multipliant ses rapports avec les êtres environnants; 4° Il faut le conduire à l'usage de la parole, en déterminant l'exercice de l'imitation par la loi impérieuse de la nécessité ; 5° Il faut exercer pendant quelque temps, sur les besoins de ses objets physiques, les plus simples opérations de l'esprit, et en déterminant ensuite l'application sur des objets d'instruction.

Ces principes admirables qui lui servirent de base à l'éducation de l'idiot au commencement de ce siècle, ont reçu aujourd'hui une extension considérable. Les résultats obtenus par Itard furent fortement appréciés par le Ministre de l'Intérieur de l'époque. Itard fit paraître successivement des rapports sur le développement des fonctions des sens, des fonctions intellectuelles et des facultés affectives. Ces travaux furent le fruit d'un savant observateur et devinrent la base d'une série d'autres travaux sur l'éducation des idiots.

On ne saurait jamais trop apprécier une œuvre pareille datant de près d'un siècle. On souffre quand on constate que certains chefs qui dirigent des établissements pour arriérés ne savent pas encore mettre en pratique les idées si justes du grand psychologiste, ou plutôt les ignorent, restant toujours sous l'empire de ce malheureux principe que l'idiot n'a besoin que de soins hygiéniques et qu'on ne le confie à un asile que pour l'empêcher de nuire à lui-même ou à autrui. Puissent-ils avoir le bonheur de mettre la main sur la nouvelle publication du Dr Bourneville! Ils se décideraient peut-être à se procurer tout ce que la littérature française et étrangère a publié sur cette question! J. M.

Le sentiment et la pensée, et leurs principaux aspects physiologiques. Essai de psychologie expérimentale et comparée, par André Godfernaux (Félix Alcan, Paris, 1894).

Le travail est une thèse présentée à la Faculté des lettres de Paris. Il a pour objet la recherche et la détermination, au moins approximative, des rapports qui peuvent exister entre le sentiment et la pensée, le sentiment désignant les phénomènes de la vie affective et dont l'origine, du moins chez l'individu, est subjective ou interne, — la pensée désignant les phénomènes de la vie représentative et dont l'origine est externe ou objective.

Le Dr Godvernaux a d'abord examiné s'il n'était pas possible de rencontrer soit le sentiment, soit la pensée, à l'état isolé. Si chez l'homme normal on ne constate rien de semblable, la maladie mentale réalise pour l'observateur les expérimentations les plus variées et les plus inattendues. C'est dans la pathologie mentale que l'auteur a interrogé en premier lieu, et c'est après avoir établi les indications générales résultant de ses recherches qu'il a essayé d'en faire l'application à l'homme sain. Ainsi, il a essayé de résoudre s'il n'existe pas en chacun de nous des troubles comparables aux psychoses simples et si, chez l'individu normal, l'association des idées ne se développe pas sur un fond perpét uellement mouvant et troublé.

Le sens général de cette étude est que si, dans l'espèce, c'est la pensée qui crée le sentiment, puisque ce sont des excitations exterieures lentement enregistrées dans l'organisme qui constituent peu à peu les tendances et les émotions, dans l'individu, au contraire, c'est le sentiment qui crée la pensée, puisque ce n'est qu'en obéissant aux tendances héréditaires que la pensée peut naître et se constituer.

Ainsi, l'auteur étudie successivement les troubles organiques, moteurs et conscients de la manie, de la mélancolie, de l'hypocondrie, de l'extase, les quatre périodes de la folie systématique progressive, pour passer ensuite à l'étude des états affectifs chez l'homme normal, les émotions et les associations d'idées, des mouvements des muscles sensoriels et des sensations et images élémentaires, et termine son beau travail par des conclusions résultant de ses multiples observations et expériences.

Ce travail aura un attrait tout spécial. Sa valeur est d'autant plus grande qu'il a été conçu avec le concours des travaux des principaux médecins aliénistes et psychologistes de l'Ecole française et que l'on rencontre presque exclusivement dans la bibliothèque de philosophie contemporaine de M. Félix Alcan. J. M.

Les grands aliénistes français, par le Dr René Semelaigne, ancien chef de clinique de médecine mentale, médecin de la Maison de Santé de Neuilly-sur-Seine (G. Steinheil, Paris, 1894).

Le Dr René Semelaigne que nous connaissons déjà par la thèse inaugurale, soutenue devant la Faculté de Paris, en 1888, sur la vie de Philippe Pinel et son œuvre au point de vue de la médecine mentale, a entrepris de tracer la biographie ou plutôt l'existence scientifique des grands aliénistes français.

Arrière-neveu de Pinel, il a grandi au milieu de souvenirs et de traditions de famille où revivait la grande figure du médecin philantrope. Nous comprenions qu'un sentiment de vénération devait faciliter la tâche du biographe du grand réformateur français. Nous nous rendions compte de l'ardeur avec laquelle.il avait entamé cette étude spéciale, mais nous ne pouvions nous faire à l'idée qu'il aurait entrepris une œuvre analogue pour toutes les grandes figures qui appartiennent au domaine de la médecine mentale en France.

Bans un premier volume, l'auteur reproduit son travail sur la vie de Philippe Pinel et y ajoute ses études sur Esquirol, Ferrus, Falret, père, Félix Voisin et Greorget. Suivront bientôt les biographies de Leuret, Trélat, Foville, Moreau de Tours, Dela.siauve. Morel, Lasègue. Il élèvera ainsi un véritable monument en l'honneur de ses compatriotes psychiatres.

Un pareil travail est trop important et nous devons présenter à l'auteur plus qu'un sentiment d'estime et de reconnaissance pour le grand service qu'il a rendu à son pays. Le Bulletin suivant analysera son œuvre et saura décerner tout le mérite dû au Br R. Semelaigne.

J. M.

La contagion du meurtre.Étude d'anthropologie criminelle, par le Dr Paul Aurry, 2e édition entièrement refondue (Félii Alcan, Paris, 1894).

« Les conséquences du crime sont avantageuses à la Société. Il y a, en effet, une certaine partie de la population — et c'est la plus nombreuse — qui n'achète les journaux que pour lire les faits divers. Que l'on y supprime le crime, il n'y aura plus d'acheteurs. »

Ces paroles sont empruntées à l'assasin Lucien Morisset, une des victimes des faits divers de nos journaux politiques! Elles renferment une bien grande vérité, une vérité qui devrait pénétrer dans les bureaux de ceux qui exploitent le journalisme, uniquement par intérêt matériel. Le Dr Aubry en donne de nombreuses preuves dans son travail dont la première édition a été épuisée au bout de quelques mois et dont la nouvelle est bien supérieure encore à la première.

Le Dr Corre, qui s'est beaucoup occupé de criminologie et dont le nom est connu de tous ceux qui s'occupent de cette étude, a fait pour le travail du Dr Aubry une préface savante, un éloquent plaidoyer en faveur des thèses que soutient l'auteur, une véritable étude de psychologie sur la faculté d'imitation, sur la genèse du crime, son développement et son perfectionnement!

Le Dr Aubry étudie la contagion du meurtre dans ses modes généraux et eu cherche les grands facteurs, la famille, le spectacle des exécutions, la lecture. 11 s'occupe d'une manière spéciale de la contagion du meurtre par le vitriol, le revolver, l'infanticide, l'avortement, le libéricide, les empoisonnements, l'incinération, le dépeçage criminel, le duel et le suicide, et enfin dans une dernière partie on retrouve, dans tout son éclat, l'examen des épidémies et des endémies, après avoir esquissé comme moyen de transition le crime à deux. C'est dans ce dernier chapitre, pour aiusi dire tout nouveau et qui couronne la belle œuvre du Dr Aubry, qu'il s'occupe de l'influence de la politique et des grands bouleversements sociaux sur la contagion, des crimes des foules, de la guerre, des régicides, des meurtres en Corse et dans quelques départements du Midi.

Ce travail mérite de se trouver dans les mains de tous ceux qui s'occupe de la moralisation des masses, de la prophylaxie du crime.

J. M.

Lehrhuch der Nervenkrankheiten fur Aerzte und Studirende, von Profcssor Dr H. Oppknheim, mit 220 Abbildungen (Verlag von S. Karger, Berlin, 1894).

Le nombre des traités sur les maladies du système nerveux s'est ponsidérablement accru dans ces dernières années, non seulement en

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