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PLANCHE 8.

Aucun attribut ne distingue cette figure. La seule indication qu'elle offre, indication d'ailleurs assez explicite pour qu'on doive s'en contenter, c'est l'inscription 110AYMNIA- MY0OY2; Polymnie, les mythes.

Notre figure est vêtue d'une tunique verte que recouvre en partie un palliuin de couleur bleue; les doigts dirigés vers les lèvres, geste indicatif du silence, conviennent parfaitement à une Muse qui, mystérieuse et peu communicative, avec la seule ressource de formes et d'allégories inventées par elle, enseignait aux hommes la nature de leurs dieux. Les doigts sur les lèvres étaient un geste consacré aussi à la représentation d'Harpocrate, dieu du silence (i).

Numa rapportait toutes ses institutions aux Muses, avec lesquelles il entretenait un commerce régulier. Une d'elles surtout fut recommandée parluià l'adoration desRomains, il l'appela Tacite ou Silencieuse ou Nouvelle : xa« j/tav Moûcav

ayopeuia;, otTe Smoiçïiw,v, r, Néav (2). Cette même Muse recoit d'Avercampi le nom de Polymnie; et une pareille explication rentre tout à fait dans le sens de la forme adoptée ici pour la représentation de la Muse de la Fable. L'idée du silence et celle de Polymnie, Muse de la Fable, se sont présentées simultanément à l'esprit de

(l)Cuper, Harpoc. (2) Hutarque, in Numa, p. 65.

l'auteur que nous citons comme à celui de l'artiste dont le pinceau a créé la figure qui nous occupe. La qualification de Muse silencieuse convient parfaitement à Polymnie, qui, après avoir créé les mythes, veille à ce que les initiés ne les dévoilent pas aux profanes, à Polymnie qui préside à cette religion mystérieuse dont les. prêtres et les philosophes avaient seuls le dernier mot, à Polymnie enfin qui jetait sur la mythologie le voile qu'il était donné à si peu de gens de soulever. Ajoutons que le silence engendre les grandes pensées; qu'il est une préparation nécessaire à l'enfantement des synthèses religieuses et philosophiques; et c'est peut-être ici le cas de rappeler le mot de Pythagore , qui se justifiait de n'avoir encore rien écrit en disant: <m oï-w smumsa; parce que je n'ai pas encore observé le silence (i).

Le nom de Polymnie a été écrit par les Grecs de trois manières. Ils ont appelé cette muse indistinctement IIoXû</.vta, IIo>.ujAve{a, IIoVjj;Avia. Les Latins ont écrit plus vo lontiers Polyhymnia.

Nam verum fateamur : amat Polyhymnia verum (2).
Dissensere deae, quarum Polyhymnia cœpit
Prima (3).

Nec Polyhymnia

Lesboum refugit tendere barbiton (4).

Signat cuncta manu, loquitur Polyhymnia geslu (5).

(1) Philostrat. in Apoll., I, 1i.

(2) Virgile, Cir., v. 4o.

(3) Ovide, FasL, V, v. 9.

(4) Horace, lib. I, 0.1, v. 33.

(5) Ausone, Id., 20.

Les Grecs au contraire se sont servis plus souvent du mot noXuti.vta, Polymnie. Du reste, chez les uns comme chez les autres, et, si nous nous en rapportons aux deux dénominations plus généralement adoptées, cette Muse était considérée comme la Muse des hymnes; soit, comme le veut Diodore (i), parce qu'elle rend les hommes illustres en célébrant leurs louanges, àià r.ok\%z û[/.vYfce<i>;; soit, à en croire Phurnutus (2), parce que la vertu est beaucoup louée, iro)a)upY)To;. Plutarque s'éloigne tout à fait de l'étymologie proposée par les deux auteurs que nous venons de citer. D'après lui, ïloW^via veut dire pvfpi ou peut -xolXôv, la mémoire de beaucoup de choses (3). Mais alors il faudrait écrire comme l'a fait Lucien (4) : Ilotopua. Fulgence (5) abonde dans le sens de Plutarque; iroXupei'av, quasi ir<Aut/.vvfpiv, id est multam memoriam dicimus. C'est aussi l'étymologie adoptée par le scoliaste d'Horace commentant le vers que nous avons cité : Polymneia dicta quasi multœ memoriœ (6). Nous nous sommes arrêté sur les origines différentes qu'on a proposées pour le nom de notre Muse, parce que ces versions sont d'une grande importance pour sa nature elle-même.

Nous pouvons aussi demander d'utiles renseignements aux attributs que l'on donnait à Polymnie. Le vers d'Horace cité plus haut nous apprend que cette Muse jouait du

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barbiton. Le scoliaste d'Apollonius(i) la représente touchant les cordes de la lyre. L'épigramme de l'Anthologie, déjà reproduite dans cet ouvrage, lui attribue l'harmonie du chant:

Ces arts divers se rapportent tous au mot ty-vo; dont on a dérivé son nom, et à l'invention des hymnes qu'on lui a attribuée. Mais on a donné à Polymnie un autre rôle dans la mythologie, et nous devons dire que c'est celui quia obtenu le plus de crédit, et auquel les auteurs se sont arrêtés le plus volontiers. Le vers d'Ausone rapporté plus haut a déjà pu faire pressentir le système que nous allons développer.

Signat cuncta manu, loquitur Polyhymnia geslu.

« Polymnie désigne tout avec sa main, elle parle par le geste. » Pétronius Afranius a dit aussi:

Flectitur in faciles variosque Polymnia motus.

« Polymnie se ploie à des mouvements faciles et variés. » Et Nonnus:

Ko» TiaXâaa; iXiXiçi HoXufivia jxaïa /opti'r,;,
Mtur]Xijv S' i/âpa$Ev àvauSe'o; Etxôva eptovîj;,
<!>9eYY°!"v1 irstXcîjMjai uotpôv Tuttov, É{x<ppovt criyri
*0j.i(iaTa îiveùouia (2).

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