les magnifiques rouages; et s'il m'était permis de soulever ici à vos regards un coin du voile mystérieux qui nous dérobe le monde invisible, je pourrais vous en dire des choses bien capables de grandir en vous l'admiration et l'amour pour le souverain Maître de tout ce qui existe ; je pourrais vous montrer quel lien intime réunit ces deux ordres si différents et qui se touchent pourtant par tant de points ; mais je m'écarterais trop de mon plan. Qu'il me suffise de vous dire que l'intérêt surnaturel demande parfois que l'ordre naturel subisse une exception; dans ce cas seulement Dieu fait des miracles (1), et sivous examinez les miracles qui jalonnent l'histoire de l'Eglise depuis son berceau jusqu'à nos jours; depuis Moïse faisant jaillir l'eau du rocher jusqu'à Notre-Dame de Lourdes guérissant les malades, partout vous apercevrez plus ou moins visible un intérêt surnaturel en jeu, sous l'apparence d'un intérêt temporel (2).

Il résulte de cette rapide étude:

1° Qu'il y a des lois dans la nature.

2° Que ces lois, constantes, régulières et uniformes, ne sont ni absolues ni nécessaires.

(1) Cf. Tongiorgi, tome II, page 409. — Saint Thomas. Summa theol. 2. 2 p. q. Lxxvjii, art. I, et p. III, q. XLIII, art. I.

(2) Il est facile de voir que cette étude sur les lois de la nature est iort incomplète; j'ai été forcé par des circonstances indépendantes de ma volonté de retrancher ici les développements que je lui avais donnés d'abord. Peut-être aurai-je plus tard l'occasion de la compléter.

3° Que c'est par le moyen de ces lois que Dieu gouverne le monde et le conduit à ses fins.

4° Que Dieu seul peut déroger à ces lois par un acte spécial de sa toute-puissance.

5° Qu'il y déroge, de fait, quelquefois par les miracles.

De ces dernières conséquences on conclut logiquement que, lorsqu'un miracle parfaitement constaté est fait en faveur d'une doctrine ou d'une religion, il lui donne une autorité et une sanction souveraines, puisque Dieu lui-même intervient de la manière la plus évidente et la plus formelle.

Comme preuve de l'accord parfait entre les conclusions rationnelles de cette étude et les enseignements de l'Eglise. Voici les décisions du concile du Vatican relatives aux miracles:

Il peut y avoir des miracles, et on ne saurait reléguer au rang des fables ou des mythes les récits qui en sont faits même dans l'Ecriture sainte. On peut constater les miracles avec certitude, et en tirer une preuve en laveur de l'origine divine de la religion chrétienne (1).

(1) Concil. Vat Sessio m, canon m, Fide, 4. — « Si quis dixerit, 1> miracula nolla fieri posse, proindeqne omnes de ils narrationes, « etiam in Sacra Scriptura contentas, inter fabulas vel mythos able

* gandas esse; aut miracula certo cognosci ntmqnàm posse, nee iis

* divinam religionis Christians e originem rite probari; anatbema

* sit. »

TREIZIÈME LEÇON

La lumière est séparée des ténèbres.

Hypothèse de Laplace.

Origine des systèmes stellaires.

Nous avons vu, dans les dernières leçons, l'action immédiate et toute-puissante de Dieu sur la matière primordiale, la production du mouvement, et, par suite, de la lumière, au sein des ténèbres chaotiques; nous avons dit qu'à ce moment-là même, la sagesse incréée posa les lois libres mais constantes de la nature, et voulut que tous les phénomènes qui devaient se produire à jamais dans l'univers, s'accomplissent par l'effet et en vertu de ces lois souverainement fécondes (1).

(1) Je n'ai pas besoin de faire observer que la manière dont j'ai expliqué l'action des lois de la nature, est bien différente de celle qui voit dans les lois la cause de la création. Je n'ai pas voulu dire non plus que la matière ait formé elle-même les autres êtres de l'univers, mais j'ai dit que les transformations successives de la matière se sont faites d'après la volonté libre de Dieu et selon les lois ou l'ordre qu'il avait fixés. Ceci, pour répondre à des remarques trop peu précises de M. Glaire, dans les Livres saints vengés, tome I, page 61.

Je ne saurais non plus accepter la notion que Mgr Maupied donne

Voilà pourquoi l'auteur sacré, après avoir affirmé d'un mot la production de la lumière et du mouvement, ajoute cette étrange réflexion : Et Dieu vit que la lumière était bonne. Sans doute, toutes les œuvres de Dieu sont bonnes et excellentes; mais le ToutPuissant a voulu nous faire savoir qu'il ne peut être l'auteur que du bien, et que tout ce qu'il fait est bon. il le dit à la fin de son œuvre; nous reviendrons plus tard sur les conséquences de cette affirmation divine (1).

Remarquons ici, en particulier, que Dieu justifie, pour m'exprimer ainsi, la constance des lois naturelles; car, ce qui est bon, c'est ce qui est propre à atteindre le but pour lequel il est fait ; nous l'avons déjà dit, les lois posées au moment du fiat lux sont parfaites pour atteindre la fin que Dieu se proposait en créant le monde :voilà pourquoi elles ne changent jamais, et voilà pourquoi il les approuve, les confirme, et assure par cette approbation souveraine leur stabilité et leur permanence. Je n'ai pas besoin de faire ressortir tout ce qu'il y a de grandeur et de beauté dans la pensée de ce texte où Moïse non-seulement décrit les opérations extérieures de Dieu, mais où il dévoile avec une sublime simplicité les sentiments intimes de la Divinité: Vidit lucem quod esset bona.

des lois en disant que ce sont les propriétés de la matière. (Citation de M. Glaire, eod. loc., pages 61 et 62.) Les lois sont l'ordre selonlequel se manifestent les phénomènes, mais • ce ne sont pas les propriétés. Je m'étonne qu'on confonde des choses si faciles à distinguer.

Quant aux raisons par lesquelles M. Glaire pense prouver que Dieu n'a pas créé les corps à l'état de corps élémentaires ou simples, je déclare qu'elles sont sans force. Qu'on iise attentivement ce passage (pages 61 et 62), et on se convaincra que je n'exagère pas.

(1) Le mot que saint Jèrôme a rendu par bon signifie encore en hébreu ce qui est beau, agréable, utile, avantageux. Tous ces sens s'adaptent parfaitement ici.

Après s'être ainsi applaudi lui-même, Dieu continue d'agir sur les éléments du monde, par l'intermédiaire des lois et en vertu de l'impulsion primitive donnée aux atomes. Nous allons suivre l'écrivain juif dans l'histoire merveilleuse qu'il nous raconte des diverses transformations par lesquelles a passé l'univers pour arriver à sa forme actuelle.

A partir du moment où nous sommes arrivés, le mouvement ne s'arrête plus, et c'est grâce à lui, aux propriétés de la matière et à l'ordre selon lequel elles se manifestent que se produiront tous les phénomènes qui vont se dérouler devant nous.

Le premier fait qui succède à la production de la lumière, c'est une séparation, une distinction entre la lumière et les ténèbres : Dieu, dit Moïse, Sépara La Lumière Des Ténèbres. Les interprètes ont vu généralement dans ces quelques mots plutôt une distinction nominale et de raison, qu'une séparation matérielle; il serait difficile, en effet, de comprendre comment la lumière eût pu être mélangée avec les ténèbres, pour en être ensuite séparée matérielle

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