II croit qu'il est aimé : c'est lui seul qui m'offense;
Peut-être ils ne sont point tous deux d'intelligence:
Zayre n'a point vu ce billet criminel,
Et j'en croyais trop tôt mon déplaisir mortel.
Corasmin, écoutez.... Dès que la nuit plus sombre
Aux crimes des mortels viendra prêter son ombre
Si-tôt que ce Chrétien, chargé de mes bienfaits,
Nérestan, paraîtra sous les murs du Palais,
Ayez soin qu'à l'instant la Garde le saisisse ,
Qu'on prépare pour lui le plus honteux fupplice J
Et que chargé de fers il me soit préíenté.
Laissez, fur-tout, laissez Zayre en liberté.
Tu vois mon cœur, tu vois à quel excès je l'aíme:
Ma fureur est plus grande, & j'en tremble moi-même^
J'ai honte des douleurs où je me fuis plongé,
Mais malheur aux ingrats qui m'auront outragé.

Fin du quatrième Acle.

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ACTE CINQUIEME.

Cas** ' ^> syaaQ

SCENE PREMIERE.

OROSMANE, CORASMIN, UN ESCLAVE.

OROSMANE, à VEsclave.

Çy N Pa fait avertir, l'ingrate va paraître ,
Songe que dans tes mains est le sort de ton maître:
Donne-lui le billet de ce traître Chrétien;
Rends-moi compte de tout, examine-la bien ,
Porte-moi fa réponse : on approche... c'est elle.

( à Corasmin ). Viens, d'un malheureux Prince ami tendre & fidele» Viens m'aider à cacher ma rage & mes ennuis.

SCENE II.

ZAÏRE, FATIME, L'ESCLAVE.

Z A Y R E.

H! qui peut me parler dans l'état où je fuis ?.
A tant d'horreurs hélas! qui pourra me soustraire? j
Le Sérail est fermé. Dieu! si c'était mon freré!
Si la main de ce Dieu, pour soutenir ma foi,
Par des chemins cachés le conduisaient vers moi !....
Quel elclave inconnu se présente à ma vue ì

L' E S C L A V E.
Cette lettre en secret en mes mains parvenue
Pourra vous assurer de ma fidélité.

Z A Y R E.
Donne. ( Elle lit. )

F A T I M E , à part, pendant que Zayte lit.
Dieu tout-puissant, éclate en ta bonté,
Fais descendre ta grace en ce séjour profane ,
Arrache ma Princesse au barbare Orosmane.

Z A Y R E , à Fatime.
Je voudrais te parler. ,
F A T I ìfl E, à l'Esclave.

Allez, retirez-vous;
On vous rappellera, soyez prêt, laissez-nous.

SCENE III.
ZAYRE, FATIME.

Z A Y R E.

3Lais ce billet, hélas! dis-moi ce qu'il faut faire, Te voudrais obéir aux ordres de mon frere.

FATIME.

Dites plutôt, Madame, aux ordres éternels

D'un Dieu qui vous demande aux pieds de ses autels Ce n'eít point Nérestan; c'est Dieu qui vous appelle.

Z A Y R E.

Je le sais, à ía voix je ne fuis point rebelle.
J'en ai fait le serment; mais puis-je m'engager?
Moi, les Chrétiens, mon frere, en un si grand danger ì

FAT1MI.
Ce rt'est point leur danger dont vous êtes troublée,
Votre amour parle seul à votre ame ébranlée;
Je connais votre cœur, il penserait comme eux,
II hasarderait tout, s'il n'était amoureux.
Ah ! connaissez du moins Terreur qui vous engage ,
Vous tremblez d'offenser l'amant qui vous outrage.
Quoi! ne voyez*vous pas toutes ses cruautés,
Et Famé d'un Tartare à travers ses bontés?
Ce tigre encor farouche au sein de fa tendresse,
Méme en vous adorant menaçait fa maîtresse...
Et votre cœur encor ne s'en peut détacher,
Vous soupirez pour lui í ,

Z A Y R E.

Qu'ai-je à lui reprocher? C'est moi qui l'oíFensais, moi qu'en cette journée II a vu souhaiter ce fatal hymenée: Le Trône était tout prêt, le Temple était paré , Mon amant m'adorait, & j'ai tout différé. Moi, qui devais ici trembler sous fa puissance * J'ai de ses sentiments bravé la violence, J'ai soumis son amour, il fait ce que je veux, II m'a sacrifié ses transports amoureux. »

F A T I M E. Ce malheureux amour, dont votre ame est blessée; Peut-il en ce moment remplir votre pensée?

ZAÏRE, Ah! Fatime, tout sert à me désespérer, Je sais que du Sérail rien ne peut me tirer: Je voudrais des Chrétiens voir l'heureufe contrées Quitter ce lieu funeste à mon ame égarée , Et je sens qu'à l'instant prompte à me démentir, Já fais des vœux secrets pour n'en jamais sortir. Quel état! quel tourment! Non, mon ame inquiete Ne sait ce qu'elle doit, ni ce qu'elle souhaite j Une terreur affreuse est tout ce que je sens. .

ÏitM, détourne de moi ces noirs pressentiments,
rends soin de nos Chrétiens, & veille fur mon frere,
Prends soin du haut des Cieux d'une tête si chere 1
Oui, je le vais trouver, je lui vais obéir.
Mais dès que de Solime il aura pu partir,
Par son absence alors à parler enhardie, -
J'apprends à mon amant le secret de ma vie,
Je lui dirai le culte où mon cœur est lié,
11 lira dans ce cœur , il en aura pitié:
Mais duffai-jc au supplice être ici condamnée ^
Je ne trahirai point le sang dont je fuis née:
Va, tu peux amener mon cher frere en ces lieux." |
Rappelle cet esclave.

SCENE IV.

Z A Y R E, seule.

Dieu de mes aïeux! Dieu de tous mes parents, de mon malheureuxpere; Que ta main me conduise , & que ton œil m'éclaire 1

S C E N E V.;
Z A Y R E, L'E S C L A V E.
Z A Y R E.

^\.lle2 dire au Chrétien qui marche fur vos pas,
Que mon cœur aujourd'hui ne le trahira pas,»
Que Fatime en ces lieux va bientôt l'introduire.
( à part. )

Allons, rassure-toi, malheureuse Zayre.

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SCENE VI.

OROSMANE , CO'RASMIN , L'ESCLAVE.

OROSMANE.

Ue ces moments, grand Dieu , font lents pour ma fureur!

VEsclave) Eh bien que t'a-t-on dit? Réponds. Parle.

L'ESCLAVE.

Seigneur.

On n'a jamais senti de si vives allarmes.

Elle a pâli, tremblé , ses yeux versaient des larmes;

Elle m'a fait sortir, elle m'a rappelle,

Et d'une voix tremblante, & d'un cœur tout troublé;

Près de ces lieux, Seigneur, elle a promis d'attendre

Celui qui cette nuit à ses yeux doit se rendre.

OROSMANE.

( A l'Esclave. ) (A Corasmin. )

Allez, il me fuffit. Ote-toi de mes yeux.
Laiffe-moi. Tout mortel me devient odieux.
Laisse-moi seul, te dis-je, à ma fureur extrêmes
Je hais le monde entier, je m'abhorre moi-même.

SCENE VIL
OROSMANE, seul.

C^u suis-je? O Ciel! où fuis-je? où portai-je mes vœux?

Zayre, Nérestan.... couple ingrat, couple affreux ,
Traîtres, arrachez-moi ce jour que je respire,
Ce jour souillé par vous.... Misérable Zàyre,
Tu ne jouiras pas.... Cdraímin, revenez.

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