LE

ROMAN D'UNE PUPILLE

COMÉDIE
EN UN ACTE EN VERS PAR

M. PAUL FERRIER

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Un cabinet de travail. — Fenêtre au fond. — Portes latérales. — Une table chargée de livres, avec nue mappemonde, des cornues, uue boite & compas; — on télescope d-s vaut la fenêtre, bibliothèque, guéridon; — meuble acajou, •tyle empire.

SCÈNE PREMIÈRE

DIDIER, seul, à la o«ctoo«de.

Déjeuner I... déjeuner! si tôt!... — Oh! par pitié!
Le rapport que j'écris n'est encor qu'à moitié,
Je voudrais le mener au bout tout d'une haleine,
Et votre déjeuner interromprait ma veine!

— Il est tard, dites-vous?... — Pour cette seule fois!
Demain je... — Vous riez, et ce rire narquois,
Malin comme le diable et frais comme la rose,
M'oppose que je dis toujours la même chose!

— Eh! bien, non ! je promets, je fais serment, la main
Haute, de m'amender, et d'être exact demain:

Vous n'aurez plus sujet de gronder, ou je meure!
Consentez-vous enfin, Brigitte?... — A la bonne heure!
Et puis — pour vous venger— dites, ma chère enfant,
Que e'est un ennuyeux compagnon qu'un savant!

il redescend.

... C'est vrai pourtant qu'elle est d'une rare constance
De plier sa jeunesse à ma triste existence,
Et d'accepter sans plainte, à l'âge dont elle est,
La vie ingrate et morne où mon chagrin se plaît!

Il écrit.

■ Et dès le gaz produit, voici comme on opère. »

S'interrompant.

Or, çà, père Didier, faites-vous bien en père?
Vous avez assumé des devoirs sérieux —
Etes-vous convaincu de les remplir au mieux?
La fillette a seize ans, c'est une demoiselle
Aujourd'hui! — Vous l'avez instruite avec un zèle
... Absurde! Elle connaît les Grecs et les Romains,
Et saurait — comme vous — passer des examens I
... Mais le joli tuteur qui contraint sa pupille
A se charger l'esprit d'un bagage inutile,
Et qui, triste pédant et méchant bouquineur,
Lui donne le savoir aux dépens du bonheur!Car elle ne peut être heureuse de la sorte!
Car elle est jolie! elle est rose et blanche! accorte!
Aimante! gaie! elle a seize ans! elle aimerait
La toilette — le bal — le plaisir! Elle aurait
Des succès! et ceci flatte une jeune fille
Qu'on murmure, à la voir passer : « Qu'elle est gentille! »
— Et vous la séquestrez à l'ombre d'un vieux mur
Poudreux! Vous lui volez le soleil — et l'azur!
Stupide jardinier, maussade en sa caboche,
Qui n'avez qu'une fleur, et la laissez sous cloche!... Elle se mariera! Je veux que son mari
Illumine ce ciel trop longtemps assombri!
Je le veux jeune — bon — joyeux — étourdi même ! —
Je veux qu'il la distraie avant tout - et qu'il l'aime
Et plus, et mieux que moi je n'aurais su l'aimer!
Elle se mariera!... — Tâchons de résumer
Ma pensée! Aussi bien le temps passe, et je rêve !...

Après m temps.

Du diable maintenant si mon rapport s'achève!
Fn cherchant à Brigitte un digne prétendu,
C'est de mes arguments le fil que j'ai perdu l

SCENE II
DIDIER, BRIGITTE.

BRIGITTE, une lettre à la mai»

Puis-je vous déranger?

DIDIER.

Toujours!

BRIGITTE. .

C'est une lettre... « Qu'entre vos mains, seigneur, on m'a dit de remettre! » — Je ne vous eusse pas jusqu'ici relancé, Si la suscription ne portait : très-pressé!

DIDIER.

« Très-pressé. » — Voyons donc quelle pressante affaire...

Il rit.

Ah! bahl... ah! bah!... — Ceci vous concerne, ma chère!

BRIGITTE.

Moi? qui donc vous écrit?

DIDIER. Fabien.

BRIGITTE.

Monsieur Fabien?

DIDIER.

Mon élève — Fabien de Cheillit, tu sais bien:

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