ET

MENUS PROPOS

D'UN PEINTRE GENEVOIS

ou
ESSAI SUR LE BEAU DANS LES ARTS

FAR R. ÏÔPFFER

PRÉCÉDÉS

d'une Notice sur In Vie el les Ouvragei de l'Auleur

l'AR ALBERT AUBERT

NOUVELLE EDITION

PARIS

L 113 11 A I RI E H A C H E T T E E T C"

79. BOULEVARD SAINT-GERMAIN, 79

1878

Droit i\e traduction réservé

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NOTICE
SUR LA VIE ET LES OUVRAGES

DE

RODOLPHE TOPFFER.

Topffer n'aimait ni les biographies ni les portraits : tout cela est faux, disait-il, faux comme une épitaphe: biographes et peintres composent une figure à plaisir, sur un modèle qu'ils se sont eux-mêmes forgé, choisissant certains traits de la réalité, omettant certains autres, selon la tournure de l'esprit de chacun et la pente de ses inclinations naturelles. Nous devons donc à sa mémoire, pour ainsi dire, de lui épargner une semblable peinture, et de ne point chercher l'écrivain hors de ses livres, l'artiste hors de ses dessins, où il est tout entier d'ailleurs, où il vit et respire encore, cœur honnête et tendre, esprit délicat et enjoué, talent naïf et en même temps raffiné, sans qu'on y prenne garde.

Puis le biographe pourrait-il rien ici? sur quels faits, sur quels événements s'exercerait-il? Une vie simple et pure, paisiblement remplie par de douces affections et d'agréables soins, partagée entre des devoirs sérieux et modestes et des plaisirs innocents, une vie passée tout entière au sein de la famille, calme comme les beaux lieux où elle s'écoula, aimable etriante comme cet heureux pays au bord du lac, au pied des monts; y a-t-il là matière pour un récit ou simplement pour un portrait?... Fils d'un peintre de mérite, artiste lui-même de naissance et par droit d'héritage, Topffer avait d'avance sa voie toute tracée; il y marchait ardemment, avec bon espoir, et Genève, sa patrie, aurait compté dans la même famille un autre peintre éminent, si une cruelle infirmité de la vue n'eût forcé le jeune artiste à briser ses pinceaux, au moment même où il les essayait. L'art lui était donc interdit, l'art pour lequel il voulait vivre! Heureusement il était dans cet âge où l'âme trouve en elle-même des conso'ations aux plus grandes douleurs, parce que son trésor d'espérances est encore tout entier. A défaut de la peinture, l'élude lui restait, l'étude et la vie, le travail et la flânerie, excellents apprentissages aussi sûrs l'un que l'autre, et qui se doivent achever réciproquement. « L'homme, dit-il lui-même avec charme, l'homme qui ne connaît pas la flânerie est un automate qui chemine de la vie à la mort, comme une machine à vapeur de Liverpool à Manchester.... Un été entier passé dans cet état de flânerie ne me paraît pas de trop dans une éducation soignée. Il estprobable même qu'un été ne suffirait point à faire un grand homme: Socrate flâna des années, Rousseau jusqu'à quarante ans, la Fontaine toute sa vie.... Et quelle charmante manière de travailler que cette manière de perdre son temps ! »

Flânant ou travaillant ainsi, sans doute il ne s'ignorait point lui-même, il sentait bien en lui le germe de ce qu'il devait être; mais il n'avait nulle impatience; son génie familier était modeste, sans ambition pour le présent, et se contentait d'une douce espérance : « Que dire, écrivait un jour Topffer, de ces poètes imberbes qui chantent à cet âge où, s'ils étaient vraiment poètes, ils n'auraient pas trop de tout leur être pour sentir,

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