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qu'il ne soit point moucheté comme la panthère, ni marqué de bandes longues, comme le tigre.

Le couguar, par la légèreté de son corps et la plus grande longueur de ses jambes, doit mieux courir que le jaguar et grimper aussi plus aisément sur les arbres • ils sont tous deux également paresseux et poltrons dès qu'ils sont rassasiés; ils n'attaquent presque j imais les hommes,à moins qu'ils ne les trouvent endormis. Lorsqu'on veut passer la nuit ou s'arrêter dans les bois, il suffit d'allumer du feu pour 1rs empêcher d'approcher. Ils se plaisent a l'ombre dans les grandes forêts ; ils se cachent dans un fort ou même sur un arbre touffu, d'où ils s'élancent sur les animaux qui passent. Quoiqu'ils ne vivent que de proie et qu'ils s'abreuvent plus souvent desangquc d'eau, on prétend que leur chair est très bonne à manger. Pison dit expressément qu'elle est aussi bonne que celle du veau; d'autres la comparent à celle du mouton : j'ai bien de la peine à croire que ce soit en effet une viande de bon goùl ; j'aime mieux m'en rappoitcr au témoignage de Desmarchais, qui dit que ce qu'il y a de mieux dans ces animaux, c'est la peau, dont on fait des housses de cheval, et qu'on est peu friand de leur chair, qui d'ordinaire est maigie et d'un fumet peu agréable.

LE COUGUAR NO IRC).

M. de La Borde, médecin du roi à Cayenne, m'écrit qu'il y a dans ce continent trois animaux de ces espèces voraces, dont le piemierestlejuguar, etque l'on appelle lign ; le second, le couguar, qu'on nomme tigre rouge, à cause de la couleur uniforme de son poil roux que le jaguar est de la grandeur d'un gros dogue, et qu'il pèse environ deux cents livres ; que le couguar est plus petit, moins dangereux et en moindre nombre que le jaguar dans les terres voisines de Cayenne, et que ces deux animaux sont environ six ans à prendre leur accroissement entier.

Il ajoute qu'il y a une troisième espèce assez commune dans ce même pays, que l'on appelle tigre »o»V, et c'est celui que nous décrivons ici sous le nom de couguar noir.

« La tète, dit M. de La Borde, est assez semblable » à celle des couguars; mais il a le poil noir et long, » laqueue fort longueaussi, avec d'assez fortes mous" taches. Il ne pèse guère que quarante livres. Il fait 11 ses petits dans des trous d'arbres creux. »

Ce couguar noir pourroit bien être le même animal que Pison et Marcgrave ont indiqué sous le nom de jaguarète ou jaguar à poil noir, et dontaucun autre

(')Cetanimal n'est qu'une variété du jaguar; c'est celle que l'on connott sous le nom de jaguarète au Brésil, (a. R.)

voyageur n'a fait mention sous ce même nom de jaguarète : je trouve seulement, dans une note de M. Sonini deManoncourt, que le jaguarète s'appelle à Cayenne tigre noir ; qu'il est d'une espèce différente de celle du jaguar, ëlanld'uiie plus petite taille et ayant le corps fort effilé. Cet animal est très méchant et très carnassier ; mais il est assez rare dans les terres voisines de Cayenne.

« Les jaguars et les couguars, continue M. de La » Borde, sont fort communs dans toutes les terres » qui avoisinent la rivière des Amazones, jusqu'à » celle de Sainte-Marthe; leur peau est assez tendre » pour que les Indiens leur envoient des flèches quî » pénètrent avant, poussées avec de simples sarba» canes. Au reste, tous ces animaux ne sont pas ab» solumeut avides de carnage ; une seule proie leur » suffit. On les rencontre piesque toujours seuls, et » quelquefois deux ou trois ensemble quand les fe» nielles sont en chaleur.

» Lorsqu'ils sont fort affamés, ils attaquent les » vaches < t les bœufs en leur sautant sur le dos; ils » enfoncent les griffes de la patte gauche sur le cou ; » et lorsque le bœuf est courbé, ils le déchirent et » traînent les lambeaux de la chair dans le bois, après » lui avoir ouvert la poitrine et le ventre pour boire » tout le sang dont ils se contentent pour une pre» mière fois. Ils couvrent ensuiteavec des branches » les restes de leur proie* et ne s'en écartent jamais •> guère ; mais lorsque la chair commence à se cor» rompre, ils n'en mangent plus. Quelquefois ils se » mettent à l'affût sur des arbres pour s'élancer sur » lesanimauxqui viennent a passer. Ils suivent aussi » les troupes de cochons sauvages et tombent sur les » trainenrs; mais s'ils se laissent une fois entourer » par ces animaux, ils ne trouvent de salut qucaans » la fuite.

» Au reste, les jaguars, ainsi que les couguars, ne » sont pas absolument féioees, et n'attaquent pas les » hommes, à moins qu'ils ne se sentent blessés ; » mais ils sont intrépides contre les attaques des » chiens, et vont les prendre près des habitations : » Lrsque plusieurs chiens les poursuivent et les for» cent à fuir par leur nombre, ils grimpent sur les » arbres. Ces animaux rôdent souvent le long des J> bords de la mer, et ils mangent les œufs que les » tortues viennent y déposer. Ils mangent aussi des » caïmans, des lézards et du poisson, quelquefois » les bourgeons et les feuilles tendresdespalétuviers. » Ils sont bons nageurs, et traversent des rivières très )> larges pour prendre les caïmans; ils se couchent » ventre à terre au bord de la rivière, et battent l'eau » pour faire du bruit afin d'attirer le caïman, qui ne » manque pas de venir aussitôt, et de lever la tête, » sur laquelle le jaguar se jette; il le tue, elle traîne » plus loin pour le manger à loisir.

» Les Indiens prétendent que les jaguars attirent » l'agouti en contrefaisant son cri : mais ils ajoutent » qu'ils attirent aussi le caïman par un cri semblable » à celui des jeunes chiens, ou en contrefaisant la » voix d'un homme qui tousse, ce qui est plusdiffi» cile à croire.

» Ces animaux carnassiers détruisent beaucoup de » chiens de chasse qu'ils surprennent à la poursuite » du gibier. Les Indiens prétendent qu'on peut pré» server les chiens de leur attaque en les frottant » avec une certaine herbe dont l'odeur les éloigne.

» Quand ces animaux sont en chaleur, ils ont une » espèce de rugissement effrayant, et qu'on entend « de fort loin. Ils ne font ordinairement qu'un petit » qu'ils déposent toujours dans de gros troncs d'ar» bres pourris. On mange à Cayenne la chair de ces » animaux, surtout celle des jeunes, qui est blanche » comme celle du lapin.»

Le couguar réduit en captivité est presque aussi doux que les autres animaux domestiques.

« J'ai vu, dit l'auteur des Recherches sur les Amé» ricains, un couguar vivant, chez Ducos, maître » des bétes étrangères : il avoit la tranquillité d'un » chien et beaucoup plus que la corpulence d'un très » grand dogue ; il est haut monté sur ses jambes, ce » qui le rend svelteet alerte; ses dents canines sont » coniques et très grandes. On ne l'avoitni désarmé » ni emmuselé, et on le conduisoit en lesse. Il se » laissoit flatter de la main, et je vis de petits gar» çons monter sur son dos et s'y tenir à califour» chon. Le nom de tigre poltron lui a été bien » donné. »

LE COUGUAR
DE PENSYLVANIE (').

Le jaguar ainsi que le couguar habitent dans les contrées les plus chaudes de l'Amérique méridionale; mais il y a une autre espèce de couguar qui se trouve dans les parties tempérées de l'Amérique septentrionale, surtout dans 1rs montagnes de la Caroline, de la Géorgie, de la Pensylvanie et des provinces adjacentes. Le dessin de ce couguar m'a été envoyé d'Angleterre par feu M. Collinson, avec la description ci-jointe. Si elle est exacte, ce couguar ne laisse pas de différer beaucoup du couguar ordinaire, auquel on peut le comparer. Voici ce que m'en a écrit alors M. Collinson :

«Le couguar de Pensylvanie diffère beaucoup, » par sa taille et par ses dimensions, du couguar de » Cayenne. Il est plus bas de jambes, beaucoup plus » long de corps, la queue aussi de trois ou quatre

(■) Celte espèce paroît élrc la mc'me que celle de l'Amérique méridionale. (A. n.)

» pouces plus longue. Au reste, ils se ressemblent » parfaitement par la couleur du poil, par la forme •> de la tête, et par celle des oreilles. Le couguar » de Pensylvanie, ajoute M. Collinson, est un ani» mal remarquable par son corps mince et très al« longé, ses jambes courtes et sa longue queue. « Voici ses dimensions : »

Pied*. Ponc. Lif

Longueur du corps depuis le museau

jusqu'à l'anus 5 4 »

Longueur de la queue 2 6 »

Longueur des jambes de devant. ... 1 » »

Longueur des jambes de derrière... . 13»

Hauteur du corps à l'avant 1 9 »

Hauteur du corps à l'arriére 1 10 »

Circonférence du corps à l'endroit le

plus gros 2 3 »

M. Edwards, dont l'habileté dans l'art du dessin et les connoissanecs en histoire naturelle méritent les éloges de tous les amateurs des sciences, m'a envoyé quelques gravures qu'il n'avoit pas encore publiées, et qui sont relatives au dessin ci-dessus, envoyé par feu M. Collinson.

LE LYNX ou LOUP-CERVIERP).

Felis Lynx. L.

Messieurs de l'Académie des sciences nous ont donné une très bonne description du Inyx ou loupcervier, et ils ont discuté, en critiques éclairés, les faits et les noms qui ont rapport à cet animal dans les_ écrits des anciens : ils font voir que le lynx d'Elien est le même animal que celui qu'ils ont décrit et disséqué sous le nom de loup-cervier ; et ils censurent avec raison ceux qui l'ont pris pour le Ihos d'Aristotc. Cette discussion est mêlée d'observations et de réflexions qui sont intéressantes et solides. En général, la description de cet animal est une des mieux faites de tout l'ouvrage; on ne peut même les blâmer de ce qu'après avoir prouvé que cet animal est le lynx d'Élien et non pas le thos d'Aristote, ils ne lui aient pas conservé son vrai nom lynx, et qu'ils lui aient donné en françois le même nom que Gaza a donné en latin au thos d'Aristote. Gaza est en effet le premier qui, dans sa traduction de VHistoire des animaux d'Aristotc, ait traduit Go>? par lupus cervarius ; ils auroient dû seulement avertir que par le nom loup-cervier ils n'entendoient pas le lupus cervarius de Gaza ou le

(■) Le lym, loup-cervier. M?£, JUianl ; chaus, lupus cervarius, Plinii, raphiasvcl ru/us apud Gallos, j'imi'n reste ; en italien, lupo cerveiro, lupo yatto; en espagnol, lynce; en allemand, luchs; en anglois, ounce. selon Ray ; luzarne, selon Caïus.

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