fnepont, capitaine du chastel et alleu de ar-sur-Aube, qui trespassa le premier jor de mars l'an M.cccc.xlv. »

BANNIÈRE. — I. Durand, évêque de Mende, affirme que l'Eglise a pris de l'empereur Constantin l'usage de porter des croix et des bannières, en tête des processions , en imitation et en souvenir de Ja célèbre apparition In hoc signo vineet, qui précéda la bataille où Maxence perdit la victoire avec la vie. Chacun sait que la bannière de Constantin portait le nom de Labarum. En voici la description abrégée: Un long bâton en forme de pique était surmonté d'un autre plus petit; en travers de celui-ci pendait une pièce d'étoffe de pourpre, brodée u'or et enrichie de pierres précieuses. Une frange la terminait, et au-dessous de cette frange étaient attachées au bâton quatre médailles d'or qui représentaient, en buste, l'empereur et ses enfants. Au-dessus de la traverse supérieure était une couronne d'or, au centre de laquelle était le monogramme de Jésus-Christ, formé des lettres grecques X et P entrelacées.

Selon Guillaume Durand, qui donne l'explication symbolique de toutes les cérémonies religieuses et des diverses parties des édifices sacrés, la bannière précède les processions pour représenter la victoire de la résurrection et l'ascension de Notre-Seigneur, qui s'éleva dans les cieux, accompagné d'un grand nombre de captifs délivrés.

La première bannière qui ait été bénite par un pape est celle que Grégoire III envoya, vers 752 ou 753, au roi de France. Les clefs de saint Pierre y étaient représentées. Cette bannière était en môme temps un étendard militaire; mais il ne faut pas oublier qu'a cette époque, et pendant de longs siècles, l'étendard militaire était bénit par l'Eglise et regardé comme un objet sacré.

Nous venons dédire qu'une bannière avait été envoyée dès le vm* siècle par un pape à un roi de France. On voyait jadis, dans une salle d'attente attenante à Saint-Jean de Latran, une mosaïque représentant saint Pierre assis sur le trône pontifical. A sa droite était le pape Léon III; à sa gauche, l'empereur Charlemagne. Le prince des apôtres présentait une étole au pape et une bannière à l'empereur. Cette salle, bâtie par Léon III, ayant été 'démolie, la mosaïque a disparu. On en peut voir le dessin clans les œuvres de Ciampini.

La bannière que l'on nomme Gonfalon ou Gonfanon, était originairement celle de l'armée chrétienne commandée par Baudouin. Le pape l'avait envoyée à ce prince , comme au vrai défenseur de la foi contre les infidèles.

II. L'oriflamme, si célèbre dans notre histoire de France, était une bannière rouge, soutenue par une lance dont la hampe était recouverte de cuivre doré. On en trouve la description dans un ancien inventaire de Saint-Denis : « Etendard d'un cendal fort épais, fendu par le milieu, en forme de gonfanon fort caduc, enveloppé d'un bâton Dictions, D'Archéologie Sacrée. I.

couvert de cuivre doré et un fer longuet et aigu au bout. » L'ancienne oriflamme, qu'on allait chercher en grande cérémonie a l'abbaye de Saint-Denis, fut perdue dans la guerre de Flandre, sous Philippe de Valois. Un vieux poète, Guillaume Guiart, en parle ainsi:

Oriflamme est une bannière,

Aucun poids plus forte que guimple

De cendal roujoyant et simple, ,

Sans pourlraicture d'autre affaire.

III. 11 y avait aussi en Ecosse une ban nière célèbre que l'on portait jadis à la tête des armées. Nous en donnerons une courte description empruntée à un ouvrage intitulé : JR»'/ej of Durham abbey.

« Le prieur de l'abbaye Se Durham avait fait faire une bannière magnifique, soutenue

Ear une hampe très-haute, entourée de tues d'argent qui se plaçaient ou s'enlevaient à volonté. Cette bannière, entourée de la plus grande vénération, était portée en procession à l'intérieur de l'abbaye, aux jours de grande solennité. On la gardait précieusement dans un coffre, auprès de la châsse où reposait le corps du grand saint Cuthbert. C'est lh que les autres bannières ou pavillons dtfl abbaye étaient conservés, jusqu'à la malheureuse époque de la destruction de ce célèbre monastère.

« Le sommet de la hampe se terminait par une croix d'argent; les extrémités du bâton destiné à soutenir l'étoffe flottante de la bannière portaient une pomme en argent, délicatement travaillée, et une petite clochette également en argent. Ce bâton était mobile et attaché au pied de la croix.

« L'étoffe de la bannière avait en largeur environ quatre pieds sur une longueur un peu moindre. La partie inférieure en élait festonnée, et les festons étaient au nombre de cinq, bordés de franges. Le tout était d'un travail admirable, en or et en soie cramoisie, et d'une grande solidité. L'étoffe était de velours cramoisi et ornée de broderies soie et or, représentant des fleurs et des feuillages. Au centre de la bannière la précieuse relique de la vraie croix était enveloppée dans un corporal couvert de velours blanc. Cette partie de la bannière était décorée très-artistement: on y voyait deux croix rouges sur le velours blanc, et des broderies d un travail plein de goût, de délicatesse et de fantaisie. La partie inférieure portait trois jolies clochettes, semblables à celles que l'on appelle cloches de viatique.

« La bannière de l'abbaye de Durham était portée dans les batailles; et jamais elle ne se montra dans un combat aux yeux d'une armée, sans que, par la grâce spéciale de Dieu tout-puissant ot par l'intercession du grand saint Cuthbert, elle ne fit rempor ter la victoire à nos soldats. Mais, hélas I à l'époque de la destruction de 1 abbaye, la célèbre bannière tomba entre les mains du doyen de Withingham, dont la femme, nommée Catherine et française de naissance, jeta la sainte relique dans les flammes, au

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grand scandale de ceux qui honorent les reliques des serviteurs de Dieu. »

BAPTISTÈRE.—I. Aux temps apostoliques et durant les siècles de persécution, il n'y eut pas d'autre baptistère que les rivières et les fontaines; de là l'origine du mot de fonts baptismaux (fontss baptismi). Nous voyons, en effet, dans les Actes des apôtres, comment le baptême était administré aux premiers fidèles, et le baptême de l'eunuque de la reine de Candace en est le plus frappant exemple. On trouve dans les Catacombes de Rome des sources et des bassins qui ont été regardés par les savants archéologues italiens, qui ont publié de si intéressants ouvrages sur les soutorrains sacrés do Rome, comme les baptistères primitifs, où les apôtres et leurs successeurs administraient le baptême à ces fervents néophytes. Ceux-ci commençaient souvent la vie chrétienne au milieu des persécutions pour la finir bientôt par le martyre. Ils venaient reposer au sein de ces mêmes Catacombes obscures, à côté de cet endroit où ils avaient été engendrés à Jésus-Christ, suivant une belle expression de nos livres saints. Bosio en parle en plusieurs endroits de sa Roma totterranea, et nous rennyons à à l'article Catacombes pour n'avoir pas à répéter ici ce que nous y avons dit à ce sujet.

A quelle époque précise l'Eglise a-t-elle ordonné d'administrer le baptême dans un lieu consacré à cet usage et avec des cérémonies déterminées, en dehors des paroles essentielles de la forme du sacrement? Il serait difficile, pour ne pas dire impossible, de l'assigner d'une manière absolue. Saint Clément, si les actes qu'on lui attribue lui appartiennent réellement, est le premier qui prescrivit les onctions du saint chrême. Dans la suite, au iv* et au V siècle, les papes saint Damase et saint Léon y ajoutèrent les exorcisines, les bénédictions et les autres cérémonies.

Pour bien comprendre tous les détails dans lesquels nous allons entrer sur la forme et la disposition des baptistères et des fonts baptismaux, il est nécessaire de rappeler ici brièvement que le baptême se conférait anciennement dedeux manières principalement,

Sar immersion et par infusion. Le baptême onné par aspersion est regardé comme valide ; mais on ne connaît que de rares exemples de cette manière d'administrer ce sacrement. Il est constant que l'immersion fut pratiquée généralement dans les premiers siècles. Toutes les Eglises d'Orient baptisent encore ainsi. Ce fut en Occident, et dans le nord de l'Europe, que le baptême par infusion commença d'être pratiqué communément et de bonne be re, à cause des inconvénients et même du danger de l'immersion. En tout temps, d'ailleurs, l'Eglise grecque et l'Eglise latine regardèrent comme légitime la coutume de baptiser en versant seulement de l'eau sur la tête du néophyte.

U ne saurait entrer dans nos vues de retracer ici, même de la manière la plus succincte, les rites et cérémonies qui accompagnaient l'administration du baptême et qui

sont toujours en usage dans l'Eglise catholique. Nous citerons néanmoins quelques traits intéressants, propres à éclaireir certaines particularités archéologiques et iconographiques. On était dans l'habitude, en plusieurs églises, de faire manger aux nouveaux baptisés du miel mêlé de lait, pour faire entendre que, par le baptême, ils entraient dans la véritable terre promise, c'està-dire dans l'Eglise de Jésus-Christ, dont la terre de Chanaau n'était que la figure. Le nouveau baptisé était revêtu d'une robe blanche qu'il portait pendant huit jours. Eu Orient, on mettait sur la tête du néophyte une couronne de palmes et de myrte. Quelques églises d'Occidenl, entre autres celle de Narbonne, faisaient broder sur la partie supérieure de la robe blanche du baptisé une espèce de couronne en ruban rouge : cette couronneétait le symboledu sacerdoce royal dont le nouveau baptisé est honoré comme hérititier du royaume céleste.

Leciergéallumé, qu'on metencore entre les mains du nouveau baptisé, est un rite des plus anciens :saint Ambroise en fait mention. Les trois vers, latins suivants d'un vieux poëte expriment assez bien les rites accessoires du sacrement de baptême:

Sal, oleum, ehruma, cereus, chrismale, saliva,
Fiants, virttlem buptiêmatis ista figurant.
Hcec cum patrinis non mutant sed (amen ornant.

IL

Lorsque la paix fut donnée à l'Eglise par suite de la conversion de l'empereur Constantin, le baptême fut administré solennellement aux nouveaux convertis dans des édifices particuliers, attenants aux principales églises et spécialement aux églises épiscopales. Ces édifices furent plus ou moins spacieux : ils étaient communément de forme ronde. A parler exactement, ce n'étaient d'abord que des bassins assez larges, recouverts d'un dôme ; on y montait par trois marches et on y descendait ensuite par quatre degrés. Saint Isidore de Séville reconnaît déjà un symbolisme dans ce nombre septeunaire, et d pense qne l'on voulait ainsi faire allusion aux sept dons du Saint Esprit.

Dès les premiers temps, on ajouta devant un grand nombre de basiliques chrétiennes une cour carrée, atrium ou parvis , environ j née d'un péristyle sous lequel se tenaient les catéchumènes pendant la célébration des saints offices, auxquels il ne leur était pas permis d'assister. Au centre de Yatrium s'é -[ levait le baptistère, petit édifice de forme , et de dimension très-variables, carré, circulaire, octogone, en forme de croix grecque, quelquefois d'une simplicité austère, souvent orné avec une grande magnificence. Il renfermait un bassin peu profond, ou une large cuve de matière précieuse, que l'on remplissait d'eau pour donner le baptême par immersion. Voy. Basilique.

Les baptistères ou basiliques baptismales étaient dédiés à saint Jean-Baptiste. On y voyait ordinairement des peintures représentantle baptême de Notre-Seigneur dans le Jourdain et de longues inscriptions relatives au même sujet. Au centre était suspendue une colombe d'or ou d'argent, dans laquelle on plaçait le saint chrême et l'huile des catéchumènes. Voy. Autel, Ampoule.

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Le pape saint Hilaire, qui occupa le siège de saint Pierre vers la (in du v* siècle, fit bâtir dans le baptistère de la basilique de Constantin trois oratoires en l'honneur de saint Jean-Baptiste, de saint Jean l'Evangéliste et de la sainte Croii. Les portes en étaient d'airain. On y voyait une colonne d'onyx qui portait un agneau d'or du poids de deux livres. Les fonts baptismaux étaient éclairés au moyen d'une lampe d'or du poids de douze livres. Trois cerfs d argent, de la ligure desquels jaillissaient des jets d'eau, et qui pesaient ensemble quatre-vingts livres, remplissaient d'eau le bassin ou la cuve baptismale, au-dessus duquel était suspendue une colombe d'or du poids de deux livres.

Ces détails sont empruntés à la Vie des papes, écrite par Anastase le Bibliothécaire. Nous y ajouterons quelques traits pris à différents auteurs. On lit dans les Voyages liturgiques de Lebrun Desmarettes, qu'à NotreDame de Rouen , auprès do la chapelle de Saint-Jean-Baptiste, on voit un grand tombeau, long d'environ six pieds, dont le couvercle est de bois noirci. Cette forme tumulaire pour des fonts baptismaux n'est sans doute que la traduction symbolique des paroles de l'Apôtre t Contepulti sumus cum Mo per bnpiismum in mortem. « Nous avons été ensevelis avec Jésus-Christ par le baptême pour mourir au péché. »

On cite le baptistère de Florence comme un des plus magnifiques; il est isolé, suivant l'usage antique ; ses portes en brontse sculpté passent pour un chef-d'œuvre.

Un concile d'Auxwre, en 578, défend d'enterrer dans les baptistères. On y conservait seulement les reliques d*"S saints honorés dans l'église.

On trouve dans un canon du concile de Tolède un décret qui prescrivait h l'évêque de sceller de son sceau les portes du baptistère au commencement du carême, parce que pendant la sainte quarantaine on ne, devait point baptiser : on devait attendre jusqu'au samedi saint.

Au temps où les évêques seuls conféraient le baptême, il n'y avait dans chaque ville épiscopale qu'un seul baptistère, quelque grande et populeuse que fût la cité. Ainsi* à Home, il n'y avait que le seul baptistère de Saint-Jean de Latran. 11 en était de même à Constantinople. Certains monastères, ou églises collégiale?, obtinrent la permission d'avoir un baptistère dans leur église conventuelle. Dom Martène , dans son ouvrage De antiquû Ecctesiœ ritibu»,nomme plusieurs monastères qui jouissaient de ce privilège.

Saint Charles B rromée admet dans ses Instructions pastorales sur les baptistères la forme ronde et la forme hexagone : mais il préfère la forme octogone, comme la plus parfaite. Il y attache une signification symbolique. Cette dernière forme figure les

octaves des fêtes de Notre-Seigneur et des saints; elle est aussi l'emblème de la perfection de la gloire éternelle.

Le baptistère annexé à la basilique de Saint-Jean de Latran est un des plus remarquables du monde : la tradition veut que Constantin y ait reçu le baptême; mais il a été considérablement modifié par lus papes Grégoire XIII, Clément VI1J, Urbain VIII et Innocent X. On l'appelle l'église de SaintJean m Fonte; la cuve baptismale est une urne antique de basalte; elle est dans un emplacement circulaire pavé de marbres riches, et l'on y descend par trois marches. Ce baptistère est entouré d'une balustrade à huit pans : au-dessus s'élève une coupole soutenue par deux rangs de colonnes superposées; les huit colonnes inférieures sont de porphyre, et portent un entablement antique sur lequel s'élèvent les huit autres colonnes qui sont de marbre blanc. Entre les pilastres de ce second ordre sont huit tableaux représentant les traits de la vie de saint JeanBaptiste. Les murs du pourtour sont ornés de fresques. Chaque côté est flanqué d'une chapelle. Ou dit que c'étaient des pièces dépendantes du palais de Constantin et que le pape saint Hilaire consacra au culte. Les portes de ce baptistère sont en bronze. Les baptistères, quelquefois très-spacieux, puisque à Constantinople oh y tint des assemblées et un concile, étaient communément divisés en deux parties, de manière a séparer les sexes. Quelques églises, au lieu de cette séparation, avaient deux baptistères diilérents, un de chaque côté pour chaque sexe. Souvent, pour épargner,surtoutauxi nfants nouveau-nés, l'impression du froid, on mêla à l'eau des fonts de l'eau chauffée à ce dessein ; c'est ce qui oxpliquu pourquoi certains baptistères renferment une cheminée. Du reste, elle pouvait servir aussi à réchaulfer les néophytes, après l'immersion, quand le baptême était administré pendant la saison rigoureuse.

III.

Le nombre des baptistères devint de bonne heure insuffisant, à cause des conversions nombreuses qui suivirent celle de Constantin, et surtout à cause do la coutume qui s'introduisit etqui persévère toujours de baptiser les enfants aussitôt aj rès leur naissance. Les évêques dèslors ne conférèrent plus le baptême à tous ceux qui devaient le recevoir. Les prêtres consacrés au ministère paroissial, soit dans les villes, soit dans les campagnes, administrèrent eux-mêmes le baptême et établirent, pour cet usage, des fontaines baptismales, soit dans le vestibule ou narthex des basiliques, près des portes, soit à l'intérieur de l'église, à peu de distance do la porte d'entrée principale, située à l'ouest, et ordinairement du côté du midi. Cette disposition eut même, plus tard, une signification symbolique,au témoignage de Reini d'Auxerre. On préféra s ■ tourner vers le midi, parce que l'aquilon ou vent du nord représente >° souffle du malin esprit, qui est sec fetîro^' e roidit les cœurs contre l'amour de Dieu, en éteignant les saintes flammes de la charité.

Il faut noter qu'à l'époque où le baptême fut généralement administré par tous les prêtres et où la cuve baptismale ne fut plus placée dans un édifice à part, les fonts baptismaux furent le plus souvent réduits à des dimensions moins considérables; nous en retrouvons, sans doute, des vestiges et pour ainsi dire une imitation dans les fonts baptismaux de l'époque romano-byzantine, au xr siècle, qui ont été conservés jusqu'à nos jours. Ce n est pas à dire toutefois que l'on abandonna complètement l'usage de donner le baptême par immersion : il parait, au contraire, que jusqu'au xnr et même au xiv* siècle, s'il faut s'en rapporter aux monuments iconographiques et surtout aux vitraux peints, on administrait le baptême par infusion et par immersion en même temps; le baptisé entrait dans une cuve remplie d'eau, et l'évêque ou le prêtre lui versait abondamment de l'eau sur la tête, à l'aide d'un vase à long col. Nous pouvons citer en exemple plusieurs traits historiques des beaux vitraux du xin* siècle à Bourges et à Tours.

IT.

Il paraît que les églises qui conservèrent des baptistères ou dans lesquelles on établit d'abord des fonts baptismaux, furent privilégiées; dom Martène en met en évidence des preuves historiques fort curieuses. On leur donna des dîmes de préférence aux autres, d'après Baluze. D'un autre côté, dans un temps où les bénéfices ecclésiastiques, par un étrange abus, furent donnés aux laïques et même aux soldats , en récompense de leurs services militaires, les églises baptismales no furent jamais confiées qu'à des prêtres : c'est ce que prouve un capitulaire de Charlemagne, de l'an 793: De ecclesiis baptismalibus, ut nullalenus eas laici homines teneri debeant, sed per sacerdotes fiant, ticut ordo est, gubernatœ. Les mêmes se retrouvent dans un capitulaire de Pépin, roi d'Italie.

Il y avait autrefois en France des baptistères nombreux. Ils ont disparu, et c'est à peine si l'on peut aujourd'hui en signaler quelques-uns. Consultons d'abord les documents historiques; nous donnerons après quelques détails archéologiques.

Saint Grégoire de Tours, dans le livre in de Y Histoire des Francs, désigne sous le nom de templum baplisterii, le temple du baptistère, l'édifice dans lequel fut baptisé solennellement Clovis, à Reims. Le môme auteur rapporte qu'avant son avènement à l'épiscopat, Grégoire, évoque de Langres, habitait à Dijon une maison attenante au baptistère , dans lequel se trouvaient les reliques d'un grand nombre de saints, et qu'il se levait de sa couche pendant la nuit, sans faire de bruit, pour y aller prier en présence de Dieu seul. La porte s'ouvrant par la puissance do Dieu, il récitait pieusement les psaumes dans ie baptistère. Cum apud Divionense castrum

moraretur assidue, et domus ejus baptisterio adhœreret, in.quo multorum sanctorum reliquiœ tenebantur; nocte de stratu suo, nullo sentienle , consurgens , ad orationem , Deo tantum teste, pergebat; ostio divinitus reserato, attente psallebat in baptisterio. Ce passage fort curieux a été cité par M. de Caumont qui l'a mal traduit. (Cours d'Antiq. monum. tom. VI, pag. 25.) On y voit claire ment que le baptistère formait un édifice entièrement séparé de l'église principale. La même remarque ressort évidemment d'un autre endroit des écrits du même saint Grégoire de Tours. Dans le livre x de son Histoire des Francs, en parlant des actes de saint Perpet, évêque de Tours, du règlement qu'il avait établi dans son église, et des vigiles qu'il avait ordonnées aux différentes fêtes, il dit que, pour la passion de saint Jean, les vigiles avaient lieu à l'église du baptistère. 11 nous apprend ailleurs qu'il avait luimême fait construire, près de la basilique de Saint-Perpet, un baptistère dans lequel il avait déposé les reliques de saint Jean, de saint Serge et de saint Bénigne, martyrs.

Neus pourrions citer un grand nombre de textes historiques, empruntés à divers au teurs; mais ceux que nous avons rapportés suffisent bien pour montrer que les baptistères primitifs dans notre pays, comme en Italie , étaient établis dans des constructions religieuses spéciales, et qu'ils étaient placés, le plus communément, dans le voisinage d« l'église principale. Nous ne possédons actuellement en France qu'un très-petit nombre de ces baptistères antiques, qui puissent répondre, par leurs dispositions présentes, aux descriptions des historiens. Nous donnerons ici une courte notice sur deux monuments de cette nature qui ont spécialement attiré l'attention des archéologues, et qui méritent d'ailleurs une étude particulière sous plus d'un rapport. Nous voulons parler de l'église de Saint-Jean, à Poitiers, du baptistère de la cathédrale d'Aix en Provence, et de celui de Fréjus.

Une des particularités les plus intéressantes delà cathédrale de Fréjus se trouve dans le baptistère antique qui l'accompagne. Le baptistère est séparé de l'église par un porche; il est soutenu par huit colonnes antiques en granit gris, surmontées de chapiteaux corinthiens en marbre blanc. La corniche, en saillie, porte la naissance des arcs à plein cintre qui forment le dôme; des chapelles ont été pratiquées dans les entre-colonne= ments.

A Aix, le baptistère, qui communique avec la nef de la cathédrale, est plus bas que le pavé de l'église. Il a été restauré fl y a quelques années; mais cette restauration n'a pas assez respecté les vieilles inscriptions qui enrichissaient le monument. Huit colon nés antiques de granit poli soutiennent la coupole du baptistère. Toutes, une seule exceptée, sont monolithes. Une douzaine d'au très colonnes, placées aujourd'hui hors du baptistère, paraissent y avoir appartenu primitivement. Suivant une note de Millin, ces colonnes sont d'une hauteur inégale; leurs bases diffèrent de proportions.

Quant à l'ancienne église de Saint-Jean, à Poitiers, qui est regardée comme le baptistère primitif de cette ville, on en trouve la description dans plusieurs auteurs. Nous en dirons seulement quelques mots en rapport avec notre sujet. Le monument est bâti sur le plan d'un parallélogramme allongé ; il est percé d'une ouverture semi-circulaire sur chaque face, et il est orné à l'intérieur de colonnes en marbre de différentes dimensions. Au centre de l'édifice se trouvait la piscine; elle était comblée depuis longtemps, lorsque Sianve fit pratiquer des fouilles et la remit a découvert. Cet auteur a consigné les faits résultant de cette exploration dans un volume publié en 1804-, et renfermant ses recherches sur quelques antiquités du Poitou. « A peine les ouvriers eurent-ils enfoncé le pic dans la terre , dit Sianve, qu'on aperçut un ciment d'une dureté extraordinaire. Bientôt je vis un mur à pans, décrivant un octogone complet. Je me rappelai alors le passage suivant de dom Martène: « L'église « de Saint-Jean était autrefois le baptistère « de toute la ville de Poitiers : on descendait « par des degrés dans les fonts baptismaux « qu'elle renfermait. » En faisant continuer le déblai, je commençai à distinguer la dernière marche de l'antique piscine. Les murailles étaient construites de la même manière que celles du temple; mais au lieu d'un revêtement en pierre, il y avait une chape de ciment très-dur et très-uni. La largeur de la dernière marche était de 216 millimètres , et sa hauteur, jusqu'au fond de la piscine, de 402 millimètres. L'enduit de ciment cessait à cette profondeur, et il me parut qu'on avait enlevé le pavé, qui probablement était de pierre ou de marbre; mais sur le béton qui le supportait j'aperçus le canal destiné à fécoulement des eaux, qui partait du milieu de la piscine et se dirigeait par une pente douce du côté de l'est, où il se dégorgeait dans un tuyau de grès de 30 centimètres de circonférence. »

« Je n'ai trouvé que deux marches; mais, à en juger par l'épaisseur du mur d'enceinte et le niveau de l'ancien pavé, il devait y avoir trois marches au moins, qui régnaient sur toutes les faces de l'octogone. On avait employé, dans la construction de cette piscine , autant que je puis croire, le mortier que Vitruve désigne sous le nom de signinum, et qu'il conseille pour la confection des citernes. On aperçoit de distance en distance un rang de ces grandes briques que je crois être les lateres pentadoron de Pline. »

M. de Caumont, qui cite le passage précédent dans son Cours d'Antiquités monumentales, fait remarquer que l'une des coloanes corinthiennes en marbre, qui supportent l'arcade ouverte, offre des poissons en guise de volutes au-dessus des feuilles d'acanthe, ce qui confirme encore la destination attribuée à l'église Saint-Jean de Poitiers. Tout le monde sait que le poisson, qui était l'emblème de la qualité de chrétien, parce

que le mot grec \xs\i renferme les initiales des mots Jésus Christus Dei Filius Salvator, était aussi l'emblème du baptême dans les premiers siècles, parce que le poisson vit dans l'eau avec laquelle on donne le baptême qui nous rend chrétiens, suivant une observation bien connue de saint Augustin.

Le baptistère de Châlons, selon une note que nous avons insérée dans notre livre des Cathédrales de France, fut bâti à une certaine distance de l'église-mère ou cathédrale, et consacré à saint Jean-Baptiste. La petite église qui fut construite à côté, et que nous voyons aujourd'hui, réédifiée au xi* siècle, fut consacrée sous le même vocable. A la partie latérale et inférieure nous avons admiré un petit monument d'une grâce parfaite, fleur délicate épanouie sur une tige vieillie. Cette construction, appuyée sur la base du baptistère primitif, date du commencement du xvr siècle.

VI.

Du Cange, en son Glossaire, a remarqué qu'à Florence il y a un baptistère de forme ronde, dédié à saint Jean-Baptiste. On trouve, dans quelques vieux manuscrits grecs , des figures de fonts baptismaux qui sont aussi de forme ronde. 11 y avait plusieurs fonts dans chaque baptistère , parce qu'on baptisait plusieurs personnes à la fois, et même plusieurs autels, parce qu'on donnait autrefois la communion immédiatement après le baptême. Dans les commencements, comme nous l'avons déjà dit ci-dessus, les baptistères n'étaient que dans les grandes villes où résidaient les évêques , parce qu'il n'y avait qu'eux qui eussent le droit de baptiser. 11 n'y en avait même qu'un qui était dans l'église cathédrale ou qui en formait une dépendance. Néanmoins un historien prétend qu'il y a eu dès le commencement, dans home, plusieurs baptistères, et que presque chaque paroisse avait le sien: ce qu'il regarde comme un privilège particulier à cette grande ville. A la campagne, les paroisses d'un diocèse étaient divisées en doyennés; c'était ainsi qu'on appelait un certain nombre de paroisses qui étaient sous la direction d'un archiprêtre, et il n'y avait des fonts baptismaux que dans une des églises de chaque doyenne. On appelait, en latin, cette église plebs , et celui qui la desservait s'appelait doyen de la chrétienté (decanus christtanitatis), parce que c'était dans son église que l'on conférait le sacrement qui nous lait chrétiens. (Voy. le P. Thomassin.) Dans la suite des temps, pour administrer plus facilement le baptême , les évêques accordèrent aux paroisses le droit d'avoir des fonts baptismaux.

VII. .

Le baptistère de Florence passe, aVr**son, pour un des plus beaux et des pl" >urieux de l'Italie. Les amateurs d'arcp0"^^ païenne ont prétendu que c'était on»1 ^~

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