L'Alpe homicide

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A. Lemerre, 1886 - 296 pages
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Page 119 - Par delà des vagues de toits, j'aperçois une femme mûre, ridée déjà, pauvre, toujours penchée sur quelque chose, et qui ne sort jamais. Avec son visage, avec son vêtement, avec son geste, avec presque rien, j'ai refait l'histoire de cette femme, ou plutôt sa légende, et quelquefois je me la raconte à moimême en pleurant.
Page 119 - Es-tu sûr que cette légende soit la vraie? » Qu'importe ce que peut être la réalité placée hors de moi, si elle m'a aidé à vivre, à sentir que je suis et ce que je suis?
Page 115 - Lajournée s'avance; le soleil est voilé. Des brouillards compacts entrent en France par leur route familière du PetitSaint-Bernard, où ils se condensent; et,, glissant à toute vitesse, ils abordent la Grande-Côte sur laquelle leur interminable procession commence, avec les hymnes du vent. Hugues Barros, ne distingue plus rien sur terre. Une écume légère sourd aux coins des lèvres, des spasmes fréquents secouent ses. membres. Par un suprême efïort, il se soulève graduellement jusqu'à...
Page 107 - Barros lui applique, sur le mufle, un coup de maillet ; et, dès que l'autre, se détourne en beuglant, il empoigne de près son lien. Puis, d'une seule main, il renfonce vigoureusement le pieu, va chercher des blocs pesants et en charge toute la longueur de la corde, jusqu'à ce que les naseaux de la bête soient collés à la lisière du sol. — « Jeûne un peu, dit-il, ça t
Page 107 - Ensuite il mène sou troupeau vers une pâture nouvelle. Les bestiaux serrés découvrent, en s'éloignant, les racines rases de l'herbe dévastée ; et, tandis que les chiens les harcèlent, leurs pieds fourchus fendent hâtivement la corolle rouge ou bleue des digitales, des aconits et de toutes les fleurs malsaines dont leur voracité se garde. Aux approches du soir, Hugues revient avec ses moutons qu'il parque, les uns sautant sur les autres, entre une roche géante et trois petites claies.
Page 113 - Il n'est pas alarmé de ce retour; au contraire, il voudrait que la bête se ruât de nouveau sur lui, et l'achevât. Sans ça, combien de temps va-t-il mettre à mourir, en se tordant comme un damné ? . . . Mais voilà qu'il est pris d'une subite anxiété, quelque chose se passe là-bas?...
Page 108 - Hugues Barros le poursuit ; et c'est une chasse enragée à travers les escarpements de schiste, les culots de neige, les éboulis de cailloux et les eaux vives. Une seule fois, près de la grange ruinée des Blancs, l'homme a rattrapé la brute. Il a voulu la saisir derrière, par les cornes, et l'abattre, comme il avait appris, en lui tordant le cou.
Page 106 - ... de l'Isère qui perce les bois et les pierres. Les maisons de Centron, plantées au cœur d'une vieille forêt, lui apparaissent comme des papillons jaunes dans une haie d'églantiers ; et les vignes de Bellentre, au loin, verdissent la terre comme un bas tapis de mousse. Quand le berger tourne...
Page 60 - Nous sommes partis le mardi, à cinq heures du matin, pour aller coucher sur le roc de la Schwarzegg et monter, le lendemain, au pic de Terreur... Je ne jugeais pas possible de parvenir à cette cime, mais je n'avais pas osé refuser la proposition, par amour-propre.
Page 86 - Ensuite, la course des années l'enhardissant davantage, il osa se remêler complètement à la population ; et, en écoutant avec une extrême réserve tous les dialogues, il finit par se convaincre qu'un seul personnage de son drame survivait encore. C'était l'ancien syndic, un centenaire, qui ne sortait presque plus de sa chambre.

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