La nonne Alferez

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Lemerre, 1894 - 175 pages
 

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Page v - L'air est plutôt d'un eunuque que d'une femme. Elle s'habille en homme, à l'espagnole, porte l'épée bravement, comme la vie, avec la tête un peu basse et enfoncée dans des épaules trop hautes. Bref, elle a la mine plus d'un soldat que d'un mignon de cour. Seule, sa main pourrait faire douter de son sexe, car elle est pleine et charnue, bien que robuste et forte, et le geste en a parfois encore je ne sais quoi de féminin. » Telle fut la nonne Alferez, doila Calalina de Erauso.
Page 56 - Le lendemain, vers quatre heures de l'après-midi, mon compagnon, ne pouvant plus marcher, se laissa choir en pleurant et expira. Je lui trouvai dans la poche huit pesos et poursuivis mon chemin, à l'aventure, chargé de l'arquebuse et du morceau de viande sèche qui me restait. On voit mon affliction. J'étais lasse, sans chaussures, les pieds ensanglantés. Je m'appuyai contre un arbre, je pleurai (je pense que ce fut la première fois), et je dis le rosaire, me recommandant à la Très-Sainte...
Page iii - Catalina aux femmes illustres de tous les temps, à Sapho, à Aspasie, à Portia, à sainte Thérèse et à Madame de Staël. Le portrait de l'héroïne gravé d'après une peinture du maître Sévillan Pacheco semble peu propre à justifier, du moins physiquement, cette comparaison. Dona Catalina, avec la golille, le hausse-col de fer et le pourpoint de buffle aux aiguillettes mal nouées, est, à vrai dire, peu avenante, d'aspect viril, militaire et rébarbatif. Nous avons un autre portrait d'elle,...
Page v - ... d'apparence plutôt masculine, elle n'a pas plus de gorge qu'une fillette. Elle me dit avoir fait je ne sais quel remède pour se la faire passer. Ce fut, je crois, un emplâtre fourni par un Italien. L'effet en fut douloureux, mais fort à souhait. De visage, elle n'est point trop laide, mais assez fatiguée et déjà sur l'âge. Ses cheveux noirs sont courts, comme il sied à un homme, et mêlés en crinière, à la mode du jour. L'air est plutôt d'un eunuque que d'une femme. Elle s'habille...
Page 87 - L'acte d'accusation fut dressé, je fus admis à la preuve. Je la fis. La publication faite, je vis des témoins que je ne connaissais aucunement. Sentence de mort fut rendue. J'en appelai. Ce nonobstant on ordonna d'exécuter. J'étais fort affligé. Un moine entra pour me confesser, je m'y refusai; il s'obstina, je tins bon. Il se mit à pleuvoir des moines. J'en étais submergé, mais j'étais devenu un vrai Luther. Enfin, ils me vêtirent d'un habit de taffetas et me hissèrent sur un cheval,...
Page iv - Francesco Crescentio, bon peintre, l'a portraicturée. Grande et forte de taille, d'apparence plutôt masculine, elle n'a pas plus de gorge qu'une fillette. Elle me dit avoir fait je ne sais quel remède pour se la faire passer. Ce fut, je crois, un emplâtre fourni par un Italien. L'effet en fut douloureux, mais fort à souhait. De visage, elle n'est point trop laide, mais assez fatiguée et déjà sur l'âge. Ses cheveux noirs sont courts, comme il sied à un homme, et mêlés en crinière, à...
Page iv - Biscai'enne, arrivée la veille même d'Espagne. C'est une demoiselle d'environ trente-cinq à quarante ans... Sa renommée m'était parvenue jusque dans l'Inde Orientale. Ce fut mon ami le P. Rodrigo de San Miguel, son compatriote, qui me l'amena. Je la fis depuis connaître à plusieurs Dames et à des Cavaliers dont l'entretien lui agréait davantage. Le Signor Francesco Crescentio, bon peintre, l'a portraicturée.
Page 153 - Toulouse de France, je me présentai au comte de Gramont, Vice-Roi de Pau et Gouverneur de Bayonne, auquel en venant j'avais apporté et remis des lettres d'Espagne. En me voyant, ce bon gentilhomme s'affligea, me fit habiller, me régala et me donna, pour la route, cent écus et un cheval. Je partis. Je vins à Madrid et me présentai devant Sa Majesté, La suppliant de récompenser mes services que j'exposai dans un mémoire que je remis en Ses Royales mains. Sa Majesté me renvoya au Conseil des...
Page 1 - Sébastian de Guipuzcoa, l'an mil cinq cent quatre-vingt-cinq, fille du capitaine don Miguel de Erauso et de dona Maria Ferez de Galarraga y Arce, natifs et bourgeois de ladite ville. Mes parens me nourrirent dans leur maison avec mes autres frères jusqu'à l'âge de quatre ans.
Page 135 - ... à Votre Très Illustre Seigneurie. Au même instant, quatre esclaves du corrégidor se jettent sur moi, me tiraillant outrageusement, sans aucun égard pour une si glorieuse présence, de sorte que, me défendant, il me fallut jouer des mains et en culbuter un. Le secrétaire du seigneur évêque, l'épée nue et le bouclier au poing, me vint à la rescousse avec d'autres personnes de sa maison, jetant les hauts cris d'un tel manque de respect. La bagarre s'apaisa. L'illustrissime me prit par...

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