Pensées

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A. Lemerre, 1885 - 229 pages
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Popular passages

Page 40 - C'est une humeur mélancolique, et une humeur par conséquent très ennemie de ma complexion naturelle, produite par le chagrin de la solitude en laquelle il ya quelques années que je m'étais jeté, qui m'a mis premièrement en tête cette rêverie de me mêler d'écrire.
Page 191 - Germe obscur, reste sous terre. Pourquoi vouloir éclore et fleurir ? Tu rêves de soleil, de brise, de rosée? Hélas ! le soleil brûle, la brise tourmente, la rosée accable et souille. Au grand jour, le trouble t'attend, non la paix ; la douleur, non la joie ; et si quelque gloire t'est promise, elle sera vaine et courte... Reste sous terre, germe obscur.
Page 14 - Il aime la nature comme l'enfant aime sa nourrice, moins occupé de ses charmes, dont le sentiment ne lui est pas étranger cependant, que de sa fécondité... Le paysan aime la nature pour ses puissantes mamelles, pour la vie dont elle regorge. Il ne l'effleure pas d'un œil d'artiste ; il la caresse à pleins bras, comme l'amoureux du Cantique des cantiques : Veni, et inebriemur uberibus...
Page 153 - Paris, montrez-leur tout à coup, sur place, et la demeure sordide d'un de nos bons paysans, et son lit affreux, et sa table immonde, et son pain grossier, et sou linge lourd et dur, et ses habits ignobles, et sa nourriture écœurante, et sa boisson nauséabonde, et sa vie âpre, étroite, désolée, exploitée par tous, trompée par tous, aggravée par tous; montrez-leur cela, 'tout cela et le reste, et s'ils ne jettent pas le...
Page 155 - Dieu, l'église, le foyer, le printemps, les fleurs, les fruits, et ce qui ressemble à tout cela... Illusion ! Le paysan met son esprit à « hurler » des bêtises, son cœur à « miauler » des gaudrioles! * * * Le soleil vient de se coucher dans l'or et la pourpre, la lune resplendit à l'horizon ; les étoiles rayonnent autour d'elle; le grillon crie, le crapaud soupire, le papillon bruit, le rossignol, plein d'amour et d'harmonie, éclate; tout est joie et lumière et chant, et allégresse,...
Page 45 - La belle langue, le latin! Je l'aime d'amour. On a dit d'un latiniste qu'il parlait latin au berceau. J'ai appris le latin au collège, mais avec autant de cœur que si c'eût été la langue de mon père et de ma mère. Je ne l'ai pas dans ma mémoire, je l'ai dans mes entrailles, pour ainsi dire. Longtemps j'ai pensé en latin, pour parler en français. Il ya plus, ma prose et mes vers, encore aujourd'hui, fourmillent de latinismes ;... prémédités ? Non, venus de grâ.e.
Page 13 - ... paysage. Il aime la nature comme l'enfant aime sa nourrice, moins occupé de ses charmes, dont le sentiment ne lui est pas étranger cependant, que de sa fécondité... Le paysan aime la nature pour ses puissantes mamelles, pour la vie dont elle regorge.
Page 55 - Du célèbre Boileau tu vois ici l'image. Quoi ! c'est là, diras-tu, ce critique achevé ! D'où vient le noir chagrin qu'on lit sur son visage ? C'est de se voir si mal gravé.
Page 163 - S'il me fallait les vendre, J'aimerais mieux me pendre; J'aime Jeanne ma femme, eh bien! j'aimerais mieux La voir mourir, que voir mourir mes bœufs.
Page 148 - Voilà, en abrégé, la préoccupation, le critère et le mobile du paysan. Le paysan est maussade payeur, comme le sol qu'il laboure. * * La création n'a point d'animal plus sobre que le paysan chez lui, moins sobre que le paysan chez les autres.

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