Vision, division: l'œuvre de Nancy Huston

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University of Ottawa Press, 2004 - Doubles dans la littérature - 136 pages
Canadienne, Parisienne, musicienne, écrivaine de rénommée internationale, Nancy Huston séduit aussi bien par ses essais provocateurs que par ses romans audacieux. Vivant entre deux langues et deux cultures, elle a conquis tant les publics francophone qu'anglophone. La narratrice d'Instruments des ténèbres formule cette phrase troublante : « Pas de vision sans division. Je ne cesse de comparer, combiner, séduire, traduire, trahir. J'ai le coeur et le cerveau fendus, comme les sabots du Malin. Anglais, français. » C'est avec cette citation comme point de départ que cet ouvrage propose une vision de son écriture centrée sur le dédoublement et la duplicité. Des auteurs en provenance de nombreux pays présentent un oeuvre où priment les thèmes de l'exil et de l'enfermement, de la musique et de la folie, de l'enfance et de la vieillesse, sous la plume d'une écrivaine qui, selon le Magazine littéraire, compte au nombre de ceux « qui ne cessent de détruire pour mieux pouvoir reconstruire ». Au tout début de ce livre, le lecteur découvrira un essai de Nancy Huston sur le film The Hours. Il s'agit en fait d'une réflexion fascinante sur la création, la vie et la mort : une vision qu'elle a dédoublée selon sa coutume en français et en anglais.
 

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Popular passages

Page 79 - Savoir qu'on n'écrit pas pour l'autre, savoir que ces choses que je vais écrire ne me feront jamais aimer de qui j'aime, savoir que l'écriture ne compense rien, ne sublime rien, qu'elle est précisément là où tu n'es pas - c'est le commencement de l'écriture.11 La logique de la "destinenance" est une logique téléphonique.
Page 40 - Egmond dans six semaines ou deux mois, et de m'y arrêter jusqu'à ce que le ciel de France soit plus serein. Cependant, me tenant comme je fais un pied en un pays, et l'autre en un autre, je trouve ma condition très heureuse, en ce qu'elle est libre...
Page 90 - Winnicot : la crainte clinique de l'effondrement est la crainte d'un effondrement qui a déjà été éprouvé (primitive agony) [...] et il ya des moments où un patient a besoin qu'on lui dise que l'effondrement dont la crainte mine sa vie a déjà eu lieu. De même, semble-t-il, pour l'angoisse d'amour : elle est la crainte d'un deuil qui a déjà eu lieu, dès l'origine de l'amour, dès le moment où j'ai été ravi. Il faudrait que quelqu'un puisse me dire : « Ne soyez plus angoissé, vous...
Page 27 - ... L'étranger se fortifie de cet intervalle qui le décolle des autres comme de lui-même et lui donne le sentiment hautain non pas d'être dans la vérité, mais de relativiser et de se relativiser là où les autres sont en proie aux ornières de la monovalence. Car eux ont peut-être des choses mais l'étranger a tendance à estimer qu'il est le seul à avoir une biographie, c'est-à-dire une vie faite d'épreuves. .. Où les actes sont des événements parce qu'ils impliquent choix, ruptures,...
Page 43 - Choisir à l'âge adulte, de son propre chef, de façon individuelle pour ne pas dire capricieuse, de quitter son pays et de conduire le reste de son existence dans une culture et une langue jusque-là étrangères, c'est accepter de s'installer à tout jamais dans / 'imitation, le f aire-semblant, le théâtre »6.
Page 90 - transformer la distorsion du temps en va-et-vient, produire du rythme, ouvrir la scène du langage (le langage naît de l'absence: l'enfant s'est bricolé une bobine, la lance et la rattrape, mimant le départ et le retour de la mère: un paradigme est créé)'.
Page 80 - Ma petite fille s'est mise à chanter, avait griffonné Nijinski dans son carnet secret. Elle fait « Ah, ah, ah ». Qu'est-ce que ça peut bien vouloir dire? Je sens que pour elle ça signifie : « Ah, ah! rien n'est horrible — tout n'est que joie!
Page 27 - Moi mon accent, au fond, j'y tiens. Il traduit la friction entre moi-même et la société qui m'entoure, et cette friction m'est plus que précieuse, indispensable.
Page 41 - Ma femme, elle aussi, est étrangère : à trois, nous parlons trois langues différentes. Tout peut changer, mais pas la langue que nous portons en nous, ou plutôt qui nous porte en elle comme un monde plus exclusif et définitif que le ventre maternel. Je m'aperçois que, dans cette autobiographie, je me suis...
Page 30 - Mon idée consisterait à penser la socialité comme indépendante de l'unité « perdue ». — D'où votre critique de la philosophie occidentale comme égologie ? — Comme égologie, oui. Si vous lisez les Ennéades, l'Un n'a même pas conscience de soi, s'il avait conscience de soi il serait déjà multiple, en perte de perfection. Dans la connaissance on est deux, même quand on est seul, même quand on prend conscience de soi, il ya rupture déjà. Les diverses relations qui peuvent exister...

About the author (2004)

Ernest Buckler (1908-1984) was born in West Dalhousie, Nova Scotia. He spent most of his life writing and farming in the Annapolis Valley, and died in Bridgetown, Nova Scotia. Marta Dvorak is a professor of Canadian and Commonwealth literatures at the Sorbonne Nouvelle, France. Author of Ernest Buckler: Rediscovery and Reassessment (WLU Press, 2001), she has been acclaimed as a major critical voice (The American Review of Canadian Studies).

JANE KOUSTAS est professeure au DA(c)partement de langues modernes A Brock Univerity, St. Catharines, Canada.

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