L'épilepsie du sujet

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L'Harmattan, 2004 - 364 pages
@Il a été beaucoup écrit sur l'épilepsie et l'on peut observer quelques thèmes qui reviennent de façon itérative, quelles que soient les époques ou les références de ces écrits : -le caractère effrayant de la crise, -le caractère sacré de la maladie -la nécessité, pour celui qui en est atteint, de cacher son état. Par ailleurs, depuis toujours, lorsqu'on considère l'épilespsie, on s'intéresse beaucoup à la crise, que ce soit dans les écrits ou surtout dans les soins. L'épilepsie a toujours été considérée comme une maladie. Poser la question de son histoire et de son intelligence propre permet de questionner son "Traitement". La considérer comme un syndrome permet de distinguer les différents phénomènes que sont l'aura, la crise ou les états post-critiques et d'utiliser des outils différents pour les étudier à partir de la notion d'angoisse en particulier. L'aura constitue un espace de travail très riche. L'aura qui ne constitue pas une formation de l'inconscient fonctionne selon les lois de l'inconscient. Les fonctions de l'aura connues depuis les Grecs mais peu exploitées en France sont enrichies par une conception psychanalytique de l'écoute de l'aura. Les auras peuvent être conçues comme "les essais ultimes pour éviter la crise" ou encore "la dernière défense contre l'attaque". La symptomatologie est alors limitée à l'aura. Introduire la notion de sujet conséquence de ce que l'inconscient à partir de Freud est une chaîne de signifiants permet de mettre à nouveau en relation épilepsie et sujet jusqu'a concevoir la notion d'épilepsie du sujet, défini comme l'arrêt de la circulation des signifiants et les conséquences pratiques qu'une consultation d'épileptologie pourra nommer l'accueil du réel de la crise qui pourra être prolongé par un travail par le patient d'accueil de ces productions conçues jusque sous leur seul aspect neurologique ce qui est contradictoire avec cette phrase de Caelius Aurélien : "L'épilepsie tient son nom de ce qu'elle saisit également les sens et l'esprit".

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Articles de presse
UN LIVRE COPIEUX QUI IMPOSE LE RESPECT
Ce livre copieux impose le respect. D'une part, il recense et discute avec intelligence les principales contributions psychanalytiques à la compréhension et au traitement de l'épilepsie. D'autre part et surtout, il se focalise sur une des composantes les plus méconnues de la crise d'épilepsie (en fait, la moins spectaculaire, la seule qui n'est pas visible par un témoin) : l'aura.
L'auteur part d'une ces rares mais précieuses idées de Freud (1923) au sujet de l'épilepsie - " Nous soupçonnons que l'accès épileptique est le produit et l'indice d'une désintrication des pulsions" pour formuler une hypothèse qui recourt à la conceptualisation lacanienne : l'accès comitial procèderait d'une sorte de désintrication des signifiants, plus exactement d'un " arrêt de la circulation des signifiants " (p. 195).
Polard propose le concept d' " épilepsie du sujet ", pour designer cette stase et ce qui en résulte : l'abandon du langage et le saisissement du corps comme instrument, " le passage à d'autres voles de frayage […] que celle de la motricité ou de la décharge. " (ibid.)
Or, ce phénomène est observable et " curable " grâce à l'aura, ce moment particulier qui précède l'absence et les convulsions. Conscient et mnésique même s'il peut être oublié après la crise, l'aura est un " être de langage " : le Sujet peut en parler. L'aura est donc une voie royale pour l'accès au démontage du " cauchemar incarné " (Mélèse, 2000) qui est la substance même de la comitialité.
Si notre collègue note, après beaucoup d'autres, que le sujet peut penser et dire qu'il va avoir une crise pendant l'aura, il remarque de plus que certains auras ne débouchent pas sur l'inconscience et le séisme toniclonique. Le patient peul alors murmurer " je sens que ça va s'arrêter ". Le cas d'Antoine (p. 158) illustre cette réalité clinique. Ce jeune homme sent la crise venir au moment précis où un enchaînement de souvenirs questionne vainement et bute mystérieusement sur un fait très précis malgré (et, semble-t-il, à cause...) ses efforts ardus de remémoration. Il perçoit alors qu'il peut empêcher l'accès comitial s'il ne s'obstine pas dans son effort conscient : " Ne pas se fixer. Ne pas chercher de façon obnubilée. Éviter le Mot isolé ! ". Il laisse au contraire dériver ses pensées. Somme toute, il fait des associations libres hors divan !
Un autre patient recourt, lui, à une technique de " récitation d'un verset " (p. 211). Dans ce. type d'auto-exercice " comportemental " (mais efficace, et puis on a le droit à un peu de magie dans les moments difficiles !), on entrevoit que la poursuite de la circulation des signifiants et, corrélativement, le maintien de la conscience vigile sont rendus possibles par l'acceptation d'un désaisissement vis-à-vis d'un savoir qui rechigne à redevenir conscient. En d'autres termes, le. contournement (provisoire ?) d'une opacité qui survient brutalement -et que l'auteur nomme la " saisie " ou " la prise en masse du signifiant " (p. 216) - dans le processus de pensée limite le carambolage cognitif et pare au risque d'un déblaiement sensori-moteur (la perte de conscience et les convulsions) qui s'embrayerait de façon pseudo-résolutive (l'activité psychique, consciente ou non, étant vouée à se poursuivre).
Antoine, repensant aux phosphènes et aux scènes plus élaborées qui apparaissent avant chaque crise, confie à l'auteur : " je voudrais dire tout ce qui vient là, en analyse " (p. 111). Notre collègue pointe ici une équivalence entre le fonctionnement de l'aura et celui du rêve - une régression topique, qui permet un libre commerce
 

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