Lettres d'un voyageur

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Meline, Cans, 1838
 

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Page 16 - Le murmure de la Brenta , un dernier gémissement du vent dans le feuillage lourd des oliviers , des gouttes de pluie qui se détachaient des branches et tombaient sur les rochers avec un petit bruit qui ressemblait à celui d'un baiser, je ne sais quoi de triste et de tendre, était répandu dans l'air et soupirait, dans les plantes. Je pensais à la veillée du Christ dans le jardin des Olives , et je me rappelai que nous avons parlé tout un soir de ce chant du poëme divin.
Page 17 - Avais-tu donc quelque grand péché à racheter pour servir de victime sur l'autel de la douleur? qu'avais-tu fait pour être menacé et châtié ainsi ? eston coupable à ton âge ? sait-on ce que c'est que le bien et le mal ? Tu te sentais jeune, tu croyais que la vie et le plaisir ne doivent faire qu'un. Tu te fatiguais à jouir de tout, vite et sans réflexion. Tu méconnaissais ta grandeur et tu laissais aller ta vie au gré des passions qui devaient l'user et l'éteindre, comme les autres hommes...
Page 142 - L'air était embaumé et le chant des cigales interrompait seul le silence religieux du matin. J'avais sur la tête le plus beau ciel du monde, à deux pas de moi les meilleurs amis. Je fermai les yeux, comme je fais souvent, pour résumer les diverses impressions de ma promenade, et me composer une vue générale du paysage que je venais de parcourir. Je ne sais comment, au lieu des lianes, des bosquets et des marbres de Torcello, je vis apparaître des champs aplanis , des arbres souffrants, des...
Page 56 - C'est une espèce à part, si molle et si délicate qu'un rayon de soleil ternit leur beauté, et qu'un souffle de la brise expose leur vie. Les hommes civilisés cherchent de préférence les lieux où ils peuvent rencontrer le beau sexe, le théâtre, les conversazioni, les cafés et l'enceinte abritée de la Piazzetta à sept heures du soir. Il ne reste donc aux jardins que quelques vieillards grognons, quelques fumeurs stupides et quelques bilieux mélancoliques.
Page 5 - C'est que les créations de l'art parlent à l'esprit seul, et que le spectacle de la nature parle à toutes les facultés. Il nous pénètre par tous les pores comme par toutes les idées. Au sentiment tout intellectuel de l'admiration, l'aspect des campagnes ajoute le plaisir sensuel. La fraîcheur des eaux, les parfums des plantes, les harmonies du vent circulent dans le sang et dans les nerfs. en même temps que l'éclat des couleurs et la beauté <ies formes s'insinuent dans l'imagination.
Page 57 - Venise, elle avait l'air d'un grand miroir de cuivre rouge. Jamais je n'avais vu Venise si belle et si féerique. Cette noire silhouette, jetée entre le ciel et l'eau ardente comme dans une mer de feu, était alors une de ces sublimes aberrations d'architecture que le poète de l'Apocalypse a dû voir flotter sur les grèves de Patmos quand il rêvait sa Jérusalem nouvelle et qu'il la comparait à une belle épousée de la veille.
Page 83 - Je jure que si , sangue di Diana. — Mais avec quelle diable de voix? — Mais quelle espèce d'oreilles as-tu pour entendre? — Dis-moi dans quel cabaret tu t'éclaircis la voix de la sorte. — Dis-moi de quel âne ta mère a rêvé quand elle était grosse de toi. — La vache qui t'a conçu aurait dû t'apprendre à beugler.
Page 51 - Alors la barque paraît au loin; j'entends vaguement les chants. Puis ils se rapprochent, et je reconnais ces voix qui me sont si chères. Quelquefois, après le réveil, je conserve le souvenir de quelques lambeaux des vers qu'ils chantent; mais ce sont des phrases bizarres et qui ne présentent plus aucun sens à l'esprit éveillé. Il y aurait peut-être moyen, en les commentant, d'écrire le poème le plus fantastique que le siècle ait encore produit. Mais je m'en garderai bien; car je serais...
Page 50 - J'oublie leurs traits, leurs noms, leur nombre et leur âge. Je sais confusément qu'ils sont tous beaux et jeunes; hommes et femmes sont couronnés de fleurs, et leurs cheveux flottent sur leurs épaules. La barque est grande et elle est pleine. Ils ne sont pas divisés par couples, ils vont pêle-mêle sans se choisir, et semblent s'aimer tous également , mais d'un amour tout divin.
Page 266 - Vandale ! j'aime beaucoup ce farouche sectaire qui voudrait mettre une robe de bure et des sabots à Taglioni, et employer les mains de Listz à tourner une meule de pressoir, et qui pourtant se couche par terre en pleurant quand le moindre bengali gazouille, et qui fait une émeute au théâtre pour empêcher...

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