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essentiel des bestiaux, qu'elle n'en est réellement qu'une simple variété. Ces deux sortes de gangrène de la peau et du tissu cellulaire sous-cutané, ont en effet les mêmes caractères généraux, la même marche dans l'ordre des symptômes; elles se terminent de la même manière, et sont combattues par les mêmes moyens; elles présentent cependant d'assez grandes différences, suivant chaque espèce d'animal, et probablement même aussi dans la même espèce, suivant les parties qu'elles attaquent; mais toutes ces variétés du genre des inflammations gangreneuses de la peau n'ont pas encore été déterminées d'une manière exacte, ni même indiquées pour les animaux, comme M. Bayle l'a déjà fait pour l'homme.

La charbon essentiel, le charbon malin, oula pustule maligne, car je regarde ici ces mots comme synonymes, sont bien faciles à distinguer des charbons syfnptomatiques dont nous avons parlé dans noire second chapitre, en ce qu'ils ne sont jamais précédés d'aucuns symptômes d'affection générale, que le développement de la tumeur charbonneuse est toujours primitif ou au moins concomitant avec la fièvre, tandis qu'au contraire dans le typhus charbonneux les tumeurs gangreneuses ne sont qu'une espèce de crise de la fièvre essentielle, et se manifestent toujours plus ou moins de temps après les autres symptômes de maladie: aussi dans le premier cas le traitement local convenable fait cesser tous les accidensconsécutifs, tandis que dans le charbon symptomatique , le traitement local de la tumeur n'arrête pas les progrès delà maladie principale.

Les charbons essentiels sont en général beaucoup moins volumineux que les charbons symptomatiques. Ils s'annoncent ordinairementparune petite tumeur dure rénitente, de la grosseur de l'extrémitédu doigt et errvirônnée d'un bourrelet plus ou reoins gonflé et engorgé. Le centre de la petite tumeur est souvent déprimé et quelquefois percé d'un trou imperceptible comme dans le furoncle. Lorsqu'on presse cette tumeur entre les doigts, l'animal témoigne qu'il éprouve de la douleur; la. fièvre survient plus ou moins promptement, la gangrène se manifeste d'abord au centre , gagne successivement du centre à la circonférence; cette escarre qui acquiert souvent plusieurs pouces de diamètre, et qui d'autres toisa à peine quelques lignes d'étendue, est presque toujours précédée ou accompagnée de phlyetènes qui forment ordinairement autour d'elle une espèce d'aréole vésiculeuse sans rougeur ou d'autres foie avec un peu d'inflammation.Que l'aréole vésiculeuse existe ou non, cette gangrène est ordinairement accompagnée d'un gonflement cedémateuxplusi ou moins considérable, dû à un emphysème et à une infiltration seVêùàé dU'tissu cellulaire qui «rè'piw SôuS tas doigts comme'' dtarls les tihàrbons symptomatiques. Lorsque les tumeurs sont volumineuses et très-multrpliécs, et que l'animal est faible, il tombe souvent dans un trèsgrand affaissement après un accès de fièvre violente, et périt en vingt-quatre ou trente-six heures.

Cette maladie est plus commune sur les moutons, les bœuf» et les vaches et les cochons > que sur les chèvres, les chevaux, les ânes. Elle se retrouve plus souvent dans les départemens méridionaux que dans ceux du nord; cependant on l'a quelquefois rencontrée d'une manière épizootique dans les environs même de Paris.

Première variété: charbon des moutons. Le charbon de» moutons est une maladie enzootique en Provence , en Languedoc, et principalement dans le Roussillon. Il se manifeste sur les parties privées de laine, et où la peau est ordinairement plus fine, à la partie interne des cuisses, aux aines , aux aisselles , au cou , aux mamelles et à la tête. Il commence par un bouton plus ou moins saillant, dur, un peu rude au toucher, et qui devient promptement noir; l'escarre fait bientôt des progrès rapides , et acquiert quelquefois l'étendue de la paume de la main. Vers le centre et autour de cette escarre on observe des vésicules remplies d'une sérositéqui, en s'écoulant sur les parties voisines , fait quelquefois l'effet d'une liqueur caustique , et les gangrène. Le cercle qui environne la partie gangrenée est plus ou moins enflammé, et quelquefois très-livide , ce qui est toujours un symptôme fâcheux. Lorsque le charbon fait quelques progrès, la fièvre survient ordinairement , l'animal cesse de ruminer, tombe dans un état d'adynamie, et succombe souvent enttrès-peu d'heures.

Ou ignore entièrement jusqu'à ce jour les véritables causes de cette enzootie , et tout ce qu'on a dit de plus raisonnable même sur la mauvaise qualité des eaux et des alimens est encore purement hypothétique.

Le traitement consiste à inciser ou même à extirper quelquefois la tumeur , quand elle est peu considérable , et à favoriser la chute de l'escarre en excitant eu général l'inflammation qui est presque toujours trop faible dans cette maladie. Les moyens dont on se sert ordinairement sont la décoction des plantes amères et aromatiques, de quinquina, l'alcool camphré. On panse ensuite la plaie avec un digestif stimulant, ou l'onguent épispastique , ou simplement l'essence de téré- . henthjne. M. Dupuisa remarqué que les linimensvolatils camphrés , appliqués sur les charbons qui surviennent après la clavélisation, produisent les meilleurs effets. Les onguens qui contiennent de l'aloes doivent être proscrits, parce qu'ils peuvent souvent produire sur les animaux, comme chez l'homme, nue diarrhée qui fatigue le malade et l'épuise. Il est quelque

fois nécessaire de seconder l'effet des remèdes locaux par quelques boissons amères et toniques , animées soit avec l'acétate ou le carbonate d'ammoniaque ou l'ammoniaque pure. Le virl et le bouillon sont aussi fort utiles; la saignée et les purgatifs qu'on a quelquefois employés dans cette maladie ont presque toujours été nuisibles, de même que dans la pustule maligne chez l'homme.

Le charbon des moutons est tantôt simple, tantôt complique' avec la clavelée , et quelquefois même avec une fièvre analogue au typhus des bêtes à cornes , ou d'autres maladies, et alors cette complication est presque toujours fâcheuse. Quel

Suefois le charbon est le simple résultat d'un mauvais procédé e clavelisation, et j'ai vu ces tumeurs charbonneuses survenir àl'endroit des piqûres et déterminer la mort de l'animal.

Deuxième variété': charbon essentiel particulier au cochon. Cette maladie est connue sous le nom de lasoie, \esoj"on, le piquet, la pique , à cause de la direction que prennent alors les soies du lieu malade. Elle est tantôt assez simple , tantôt plus ou moins compliquée d'inflammation gangreneuse de quelques parties internes. N'ayant jamais eu occasion d'observer cette maladie, nous la décrirons, d'après M. Chabert, dans son état le plus grave: l'appareil fébrile qui t'accompagne alors et la précède même quelquefois , semblerait d'abord éloigner l'idée d'une simple affection locale; mais comme tous ces accidens cèdent ordinairement au traitement local, on ne peut la ranger que dans les inflammations gangreneuses ou charbonneuses de la peau-.' :

Symptômes. L'animal est triste, sans appétit, tourmenté d'une soif vive et d'une chaleur brûlante; il éprouve des grincemens de dents; bientôt on observe sur les parties latérales du col dans la région qui correspond aux amygdales , tantôt d'un seul côté ,' tantôt des deux côtés à la fois, des espèces de petites houpes composées de douze à quinze soies hérissées , droites , plus roides que les autres. Lorsqu'on les tiraille , l'animal témoigne de la douleur; en examinant de plus près , on voit que ces soies sont implantées surune partie déprimée, gangrenée, noire dans le cochon à soies blanches, et décolorée et blafarde dans les cochons à poils noirs. LorsqueCettc maladie a fait des progrès, la soif est nulle , quoique la fièvre ef In chaleur soient toujours assez considérables; l'animal'est' abattu , il reste couché , et si on parvient à le faire relever en le frappant, il chancelle et tombe; alors les flancs sont agités, la bouche est brûlante, il en découle une bave très-fétide: les yeux sont injectés. Les mâchoires sont agitées de mouvemensconvulsifs; et si l'animal est constipé , il meurt au bout de vingt - quatre à quaraute-huit heures, suffoqué comme dans l'angine connue sous le nom d'étranguillon; mais s'il survient de la diarrhe'e, la maladie se prolonge jusqu'au septième ou neuvième jour, et l'animal après avoir maigri prodigieusement, meurt dans les convulsions. .

Ouverture du cadavre. Quand l'animal a succombé promptement, la peau, le tissu cellulaire sous-cutané , les muscle* et même le pharynx et le larynx sont quelquefois frappés de gangrène. Les ventricules du cerveau sont souvent remplis 'une sérosité sanguinolente. Ces désordres locaux paraissent moins considérables dans ceux qui ne périssent que le neuvième jour -, les muscles de ces animaux sont en général blafards et mous, leur graisse sans consistance. Les hommes et les animaux qui ont mangé de la viande de ces cochons affectés de la pustule maligne ,.en ont souvent été la victime.

La cause de cette maladie que M. Chabert regarde comme contagieuse, est en général attribuée aux chaleurs excessives, aux alimens et aux boissons peu salubres, et surtout à l'air infect des toits encombrés du fumier des cochons qu'on y tient enfermés. • . .,. • .

Le traitement de cette variété de la pustule maligne ne diffère point de celui des autres variétés; il suffit d'extirper en entier la tumeur, et si les chairs sont gangrenées dans le fond de la plaie, de les brûler soit avec le cautère actuel, soit avec une pincée de fleurs de soufre qu'on allume ensuite avec le cautère. On donne à l'animal quelques verres d'une forte infusion vineuse ou acidulée de plantes amères et aromatiques, on le nourrit seulement avec l'eau blanche acidulée et nitrée. Ce traitement simple est ordinairement constamment efficace suivant M. Chabert.

Troisième variéte', pustule maligne de la langue ou glossanthrax. Le glossanthrax ou chancre volant, ainsi nommé parle professeur Sauvages, est une espèce de pustule maligne, qui attaque la langue et le palais de la plupart des herbivores, et particulièrement les chevaux , les ânes , les mulets, les vaches et les bœufs. :. *.î(•.

Symptômes. Cette maladie se présente tantôt sous la forme de phlyetènes ou de petites vessies membraneuses, blafardes, livides ou noires qui se déchirent presque aussitôt qu'elles se manifestent, tantôt sous la forme degrosses pustules, convexes, rondes ou oblongues, sous la capsule desquelles s'amasse un liquide sanguinolent. Il succède à ces pustules et à ces phlyetènes des ulcères rongeans , souvept^gangrenés, à bords calleux ; ils font des progrès rapides, et versent dans la bouche une humeur très-fétide. Lorsque les ulcères sont situés sur les parties latérales supérieure ou inférieure de la langue , cpt organe est tuméfié et aquiert un volume assez considérable ,

il est souvent en partie rongé au moment où on commence à s'apercevoir de la maladie. La fièvre ne se manifeste que lorsque les ulcères ont déjà fait quelques progrès; l'animal est alors triste, abattu, la rumination cesse , il refuse toute espèce d'alimens, le lait se tarit dans les mamelles : si on ne se hâte d'arrêter les progrès du mal, la langue tombe en lambeaux, la gangrène gagne de procheen proche le larynx et le pharynx; il survient des convulsions, et l'animal meurt promptement.

A l'ouverture des cadavres, on trouve, indépendamment du delabrement de la langue et des parties environnantes, des taches gangreneuses dans l'œsophage et la panse, les poumons sont gorgés d'un sang noir. Lorsque les pustules sont situee» sur le palais , on trouve la membrane nasale comme gangrenée. Traitement. Il est presque toujours efficace lorsqu'il est appliqué à temps; il faut sur le champ scarifier la langue et les ulcères, enlever les parties gangrenées et laver les parties malades cinq à six fois par jour avec l'acide sulfurique étendu d'eau ou une forte solution de sulfate de cuivre ou frotter les ulcères avec ce sel lui-même. La simple solution de muriate de soude dans le vinaigre a été très-utile dans un cas pressant. Les décoctions de quinquina avec l'alcool camphré , celles d'aristoloche et d'angélique, animées avec l'alcool de quinquina et le muriate d'ammoniaque sont plus actives et bien préférables. Les billots de camphre, de quinquina et de miel ne doiventpas êtrenégligés dans l'intervalle du pansement, et les médicamens intérieurs consistent en décoctions mucilagineuses acidulées ou aiguisées avec le muriate de soude et le nitrate de potasse; et dans les cas plus graves , il faut employer les décoctions amères aromatiques , et surtout celles de quinquina. Au bout de vingtquatre à trente-six heures de soins assidus, on observe déjà une amélioration très-sensible.

Nous trouvons dans les ouvrages l'histoire de plusieurs épizooties et même de plusieurs épidémies, de glossanthrax. Sauvages l'a observé en 175i , dans le Languedoc, où il s'étendit sur tous les herbivores , excepté les moutons. Il n'épargna pas même les hommes , qui, à Nimes particulièrement, en furent atteints: il se manifesta la mêmeaunée en Auvergne et dans le Bourbonnais, principalement à Gannat près de Moulins, liaillou avait vu régner cette même maladie sur-les hommes, à Paris, en i67i. A une époque beaucoup plus rapprochée de nous , en i780, aux mois de septembre et d'octobre , M. Richard a observé une épizootie de pustule maligne de la langue , sur les chevaux et les bœufs , aux environs de Fontainebleau; et la Jnême année MM. Volpi et Ferdenzy l'on vu régner dans le Mantouan. Les élèves del'Ecole vétérinaire de Lyon l'ont rencontrée dans le Lyonnais, le Dauphiné, et les pays environ

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