Dictionnaire de la langue du théâtre

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Dictionnaires Le Robert, 2002 - Theater - 622 pages
Le TempsLudique et lubrique, la langue du théâtre a son dictionnaireAlexandre Demidoff, samedi 1 février 2003Mille morceaux de théâtre, en cothurnes ou en brodequins, le cul sur la commode ou le mouchoir de la tragédie glissé dans un décolleté. Agnès Pierron, archéologue romanesque de la langue, ne se contente pas de recenser et d'expliquer plus de 1500 mots et expressions rares dans La Langue du théâtre, ce qui est en soi une première. Elle enrobe chaque entrée de son dictionnaire d'anecdotes grivoises à glisser malicieusement dans l'oreille de sa fiancée pour la faire rougir à l'entracte du spectacle et de témoignages à pouffer un soir de tragédie à la Comédie-Française. Et c'est ainsi qu'elle enfante un théâtre gaillard et charnel, ouvrant grandes les portes des placards à des personnages autrefois éminents, aujourd'hui effacés des mémoires. Qui se souvient par exemple de ces ancêtres de la critique, les vilains «mastigonomes» qui, dans la Grèce antique, arbitraient les joutes théâtrales, agitant leur docte baguette sous le nez du public indiscipliné? Ou de cette escouade de souffleurs planqués dans tous les recoins du décor, pour voler au secours de la mémoire défaillante de l'impériale Sarah Bernhardt au crépuscule de son règne? Ou encore de ces matinées retardées à cause d'un chef de la claque provisoirement déserteur? Ou du plumassier veillant aux plumes des chapeaux à la Comédie-Française? Agnès Pierron, elle, n'a oublié aucun de ces seconds rôles autrefois décisifs. Elle leur rend leurs répliques et ce théâtre-là n'ennuie jamais. Entrevue Samedi Culturel: Amoureuse des dictons, auxquels vous avez consacré tout un «Dictionnaire des proverbes et des dictons», vous avez amassé ici un extraordinaire butin lexical. Quelle est votre méthode de travail? Agnès Pierron: Sachez d'abord que je travaille seule, ce qui n'est pas fréquent dans ce genre d'entreprise. Sachez aussi qu'il est difficile de publier un ouvrage sur le théâtre, qui n'est pas un genre rentable. J'ai mis trois ans à imposer celui-ci et j'ai fait preuve d'un acharnement que je salue. J'étais convaincue qu'il y avait un vide dans ce domaine et qu'il me revenait de le combler. J'ai donc couru les ventes, les bouquinistes, privilégiant toujours les ouvrages tombés dans l'oubli et évitant surtout de reprendre les titres répertoriés dans les catalogues universitaires. J'ai ainsi réuni une documentation énorme que j'ai organisée. Quelles sont vos sources? Elles sont multiples, du Lexique de la machinerie théâtrale d'un André Bataille aux articles des échotiers, en passant par le Dictionnaire historique et pittoresque du théâtre et des arts qui s'y rattachent d'un Arthur Pugin en 1885. J'ai lu 400 ouvrages, ceux qu'écartent généralement les universités. Je me méfie de toute façon de ces universitaires terroristes qui fliquent la connaissance, distinguant le bon grain de l'ivraie. Moi, ce qui m'intéresse, ce sont tous ces savoirs méprisés par les facultés. Je crois aux vertus de l'anecdote, à sa capacité de rendre compte de la vie matérielle. Aux concepts qui réduisent le monde, je préfère la parole du comédien qui me parle de son métier. Avez-vous enquêté sur le terrain? Mais oui! Et c'est d'ailleurs la dimension originale de ce livre. On y trouve des expressions qui ne figurent dans aucun autre. Elles font partie d'une transmission purement orale et elles m'ont été confiées par des hommes de l'ombre qui se demandaient d'ailleurs en quoi elles pouvaient m'intéresser. Justement qu'est-ce qui vous passionne tant dans cette exploration? Je suis native de Lunéville, petite ville de province et je n'ai découvert le théâtre que très tard. Mais cette découverte a été libératrice. J'ai fait partie d'une troupe semi-professionnelle, puis ai rejoint Marcel Maréchal au Théâtre de la Criée à Marseille. Le théâtre est devenu ma vie. Quant à ma passion pour sa langue, elle naît d'un constat: rien n'avait été fait dans ce domaine et j'adore les terrains vierges. Je collecte les expressions rares, c'est quasiment une pulsion. Cette archéologie me structure et je ne saurais aujourd'hui m'en passer. Pensez-vous que la langue théâtrale, supplantée aujourd'hui par celles des arts dominants, du cinéma à la télévision, va encore s'enrichir? Bien sûr, même si un certain vocabulaire va disparaître, du fait notamment de l'évolution des conditions de travail. Autrefois, des équipes de techniciens évoluaient ensemble quasiment jour et nuit. Aujourd'hui, à cause de la loi sur le temps de travail par exemple, ce genre d'osmose n'existe plus. D'où une déperdition langagière. Il ne faut pas oublier que cette langue théâtrale souvent salace naît dans des microcosmes masculins très soudés. L'autre phénomène, c'est la généralisation des filières professionnelles avec diplômes à la clé: les instituts imposent leur langage conceptuel et il est sec. Quel est le bon usage selon vous de ce dictionnaire? Surtout pas de consigne! Je n'aime pas la régulation des choses. Le plus beau compliment qu'on puisse me faire, c'est de me dire qu'on le lit comme un roman. Un roman du théâtre avec personnages et anecdotes. Le plus beau, c'est que ce n'est pas romancé et qu'il s'arrache: le premier tirage, soit près de 8000 exemplaires, s'est écoulé en trois semaines à peine. Et vous pouvez compter sur moi pour étoffer cet ouvrage par la suite.

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