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FRANCIS A. COUNTWAY

LIBRARY OF MEDICINE

PRÉFACE

DE M FRÉQUENCE DES MALADIES NERVEUSES

S'il est une incontestable vérité que chaque médecin, quelque étroit que soit son milieu d'action, puisse constater, c'est le développement extrême et de jour en jour plus marqué des névroses. Jadis, presque exclusivement compagnes de la malaria urbana, et n'atteignant que les classes élevées de la Société, on les rencontre aujourd'hui à chaque pas, dans la campagne aussi bien qu'à la ville et de tout côté se présentent aux praticiens des personnes affligées d'hystérie, d'hypocondrie, d'aliénation mentale, de paralysie générale, d'épilepsie et d'idiotisme; tant est positive, malgré les louanges que nous accordons au dix-neuvième siècle, la dégénérescence physique, morale et intellectuelle du corps humain!

CAUSES DE CETTE FRÉQUENCE

Examinons rapidement les causes les plus essentielles de cette dégénérescence maladive.

L'usage et l'abus des boissons alcooliques ou fermentées se présente en première ligne. A notre époque, la vie de famille est négligée comme au temps des Grecs et des Romains. Mais chez eux, du moins, la fréquentation des bains publics, la vie du forum, les habitudes de la guerre et les jeux assouplissaient le corps , entretenaient la force et la propreté. La moitié de leur vie se passait en plein air. De notre temps, bourgeois, propriétaires et ouvriers ne connaissent qu'une distraction, le café; et on y passe la plus grande partie de sa vie, immobile dans une atmosphère chaude, rendue plus épaisse encore par l'acre fumée du tabac, et les vapeurs méphitiques de l'alcool!

L'usage souvent prématuré de ces liqueurs, parées de titres plus ou moins pompeux, mine peu à peu l'organisme, détruit l'équilibre du système nerveux et prédispose, à la longue, l'intempérant aux névroses. — Pour la moitié des névrosiques peuplant les hôpitaux des grands centres, on ne reconnaît pas d'autre cause de leur état maladif que l'alcoolisme. Dans les campagnes, où le cabaret remplace le café et où l'habitude du travail, la nécessité du pain quotidien ne laissent guère qu'un jour de gaieté et d'abandon par semaine, c'est-à-dire le dimanche, il y a chez les sujets plus de force de résistance ; le vin, d'ailleurs, et surtout le vin rouge, ayant des effets moins funestes, moins immédiats, mais la pente est toujours la même et quoique tardifs, avec le temps, les mêmes effets se reproduisent toujours.

Si encore le buveur ne nuisahVqu'à lui-même; mais avant de devenir un alcoolique invétéré et d'avoir perdu complètement ses facultés viriles, il procrée, il a des enfants; et que d'hystériques, de choréiques, d'épileptiques engendrés dans ce moment d'ivresse! — Qu'on jette les yeux sur la famille d'un buveur, on verra combien d'êtres malingres et souffreteux elle renferme, sans compter tous ceux que les convulsions ou les méningites ont emportés prématurément.

L'altération des matières alimentaires qu'on ne surveille pas assez dans les grands centres où l'art de faire resservir les restes jusqu'à extinction est devenu une science; l'usage presque exclusif d'aliments débilitants (charcuterie, laitage, fruits) commodes parce qu'ils n'exigent pas de feu pour être mangés, engendre et entretient une débilité constante dans les classes pauvres et les prédispose également aux névroses.

Les logements bas et insalubres où le jour n'arrive que par des ouvertures étroites, et où l'air, cet aliment principal de l'homme, devient, n'étant pas renouvelé, un véritable poison par l'accumulation du gaz acide carbonique, sont encore des foyers névrosiques.

J'en dirai autant de certaines professions meurtrières l'homme vit dans une atmosphère remplie de poussières arsenicales, cuivreuses, mercurielles ou saturnines. Sans doute, pendant quelque temps, l'ouvrier résiste à cette lente intoxication, mais enfin vient le moment où son organisme qui en est saturé ne peut plus lutter contre le mal qui l'étreint; il succombe à la longue et devient, pour tout le reste de son existence, la proie des névroses.

La Syphilis en se généralisant aussi de plus en plus, tout en perdant de son ancienne violence et en se montrant sous des apparences infiniment plus bénignes que jadis (1), détermine chez ceux qu'elle a atteints une altération certaine du sang. — Ce liquide nourricier perd de sa consistance et de sa couleur et cesse, dès lors, de nourrir et de stimuler les centres nerveux comme il doit le faire à l'état physiologique; de là, une nouvelle prédisposition évidente aux troubles névrosiques.

N'est-il pas évident encore que si à ces causes perturbatrices s'ajoute l'influence de causes débilitantes, comme le séjour dans un pays paludéen rempli d'effluves marécageuses et telluriques où l'existence est minée par des accès de fièvre se reproduisant fréquemment, le malade ou tout au moins ses enfants seront voués aux affections névrosiques aiguës ou chroniques?

Les passions de la vie y prédisposent aussi.

La génération actuelle est nerveuse, avons-nous dit. Hommes et femmes nous participons de près ou de loin à cette vie fiévreuse, troublée, qui caractérise à la fois et notre époque et notre caractère français. Mobiles déjà par notre nature, nous le devenons encore plus par la succession rapide des événements et des révolutions qui nous entraînent et nous englobent. Voilà pour la vie générale. Si nous jetons un coup d'œil sur la vie intérieure de la famille, on avouera que nous sommes bien loin de l'existence patriarcale des anciens, des jours tranquilles et des joies pures de nos aïeux. Si on réfléchit enfin au nombre considérable d'enfants malingres, mal constitués, étiolés dès leur naissance, mal nourris par des mères débiles ou des nourrices malsaines, à cette jeunesse qui, à force de soins, de solli

(1) Il n'est pas un médecin âgé qui n'avoue qu'il y a trente ou quarante ans, la syphilis n'était infiniment plus virulente, plus active qu'à notre époque.

citudes maternelles, d'huile de foie de morue, de vin de quinquina, de phosphates, de chocolats, de fécules, de viandes grillées ou crues finit (Dieu sait en passant par combien d'encombrés) par arriver à la puberté, puis à l'âge de se marier, on ne s'étonnera pas que cette nouvelle génération, que ces existences si difficilement disputées, si précieuses pour les parents, mais si peu intéressantes pour l'avenir et la patrie, donnent naissance à des enfants faibles, chétifs et marqués au front par le sceau fatal des névroses.

L'abus du tabac dès le jeune âge en narcotisant le système nerveux, l'abus du travail physique ou intellectuel qui fait rendre à l'homme plus que ses forces ne peuvent fournir, sont aussi pour la jeunesse ce que l'alcool est pour l'âge mûr, —ils en épuisent la sève et la vitalité!

Cette influence meurtrière n'avait point échappé à la puissance d'observation de Michelet. « La vie d'enfer que nous menons, cette vie de travail terrible et d'excès plus meurtriers, c'est sur nos enfants qu'elle retombe! » et plus loin il ajoute: « On ne peut se dissimuler la profonde altération dont sont visiblement atteintes nos races de l'Occident. Les causes en sont nombreuses ; les plus frappantes, c'est l'immensité, la rapidité constante de notre travail... Nos œuvres sont prodigieuses et nos enfants misérables ! »

Mais de toutes ces causes la plus influente c'est l'hérédité de la diathèse nerveuse. Voilà le germe fatal qui va sans cesse en grandissant et qui contaminera de plus en plus les générations futures! Qu'une famille ait un seul névropathe parmi ses membres et la plupart des rejetons seront entachés d'une manière ou d'une autre; les uns seront migraineux, les autres dyspeptiques, ceux-ci seront assaillis sans cesse par des névralgies, ceux-là par l'hystérie ou tout au moins l'hystéricisme, c'est-à-dire l'hystérie sans attaque.

Les enfants d'un diathésique nerveux présentent, en effet, un terrain fertile et admirablement préparé pour l'éclosion de toutes les névroses; or, que dans ces circonstances une maladie débilitante les atteigne, qu'une cause occasionnelle (une peur, un chagrin profond, une émotion vive, une blessure) exercent leur influence sur ces sujets prédisposés, et

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