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aux lois de la nature, en dehors de ces lois. Or ces deux choses peuvent souvent être démontrées avec certitude.

Comment se font les miracles.

On peut comprendre de diverses manières le comment des miracles ; voici un ou deux exemples qui vous montreront comment on peut expliquer, au point de vue de la science, ce qui se passe dans la matière quand Dieu suspend une loi dela nature (1).

Supposons la résurrection d'un mort. La loi veut que l'âme, une foisséparée du corps, n'y rentre plus; le corps devient inapte à s'unir de nouveau à cette âme, et passe plus ou moins rapidement par une série de modifications organiques qui amènent tôt ou tard sa décomposition complète. Quand Dieu ressuscite un mort, il faut que les mouvements moléculaires de la matière qui auraient, selon la loi, amené la décomposition cadavérique ne se produisent pas. Dans ce cas-là, Dieu change la direction ou les propriétés des atomes momentanément, mais des seuls atomes qui auraient concouru à la production des effets qu'il faut empêcher; ou bien, si la décomposition est déjà commencée, Dieu donne aux molécules des propriétés ou des mouvements

(1) Je ne donne ces explications que comme possibles, sans vouloir les faire regarder comme vraies.

exceptionnels propres à leur faire produire des phénomènes tout autres que ceux qui ont lieu d'ordinaire; mais, pendant ce temps-là, tous les autres atomes de même espèce et dans les mêmes conditions, continuent, dans le monde entier, à obéir à la loi.

On peut comprendre d'une façon analogue le miracle de Josué arrêtant le soleil; évidemment !a rotation de la terre ne fut pas interrompue, mais Dieu fit, par exemple, que les vibrations de l'éther, devenant plus lentes, tout en conservant la propriété d'impressionner la rétine, prolongèrent la durée de l'impression lumineuse, soit pour une seule partie de la terre, soit pour le monde entier.

Quelque explication qu'on donne, du reste, des faits miraculeux, il est toujours possible à Dieu de suspendre pour un moment et pour un cas déterminé, l'effet général de la loi en changeant soit les propriétés, soit les mouvements des atomes.

Pourquoi Dieu fait des miracles.

Dieu fait des miracles dans un seul cas, c'est lorsqu'il importe à l'ordre surnaturel qu'une loi naturelle soit violée. Outre le monde des choses visibles, il y a un monde surnaturel, le monde des âmes, il y a des intérêts surnaturels; ce monde des âmes est mille fois plus beau, mille fois plus merveilleux que l'univers dont nous avons admiré les magnifiques rouages; et s'il m'était permis de soulever ici à vos regards un coin du voile mystérieux qui nous dérobe le monde invisible, je pourrais vous en dire des choses bien capables de grandir en vous l'admiration et l'amour pour le souverain Maître de tout ce qui existe ; je pourrais vous montrer quel lien intime réunit ces deux ordres si différents et qui se touchent pourtant par tant de points ; mais je m'écarterais trop de mon plan. Qu'il me suffise de vous dire que l'intérêt surnaturel demande parfois que l'ordre naturel subisse une exception; dans ce cas seulement Dieu fait des miracles (1), et sivous examinez les miracles qui jalonnent l'histoire de l'Eglise depuis son berceau jusqu'à nos jours; depuis Moïse faisant jaillir l'eau du rocher jusqu'à Notre-Dame de Lourdes guérissant les malades, partout vous apercevrez plus ou moins visible un intérêt surnaturel en jeu, sous l'apparence d'un intérêt temporel (2).

Il résulte de cette rapide étude:

1° Qu'il y a des lois dans la nature.

2° Que ces lois, constantes, régulières et uniformes, ne sont ni absolues ni nécessaires.

(1) Cf. Tongiorgi, tome II, page 409. — Saint Thomas. Summa theol. 2. 2 p. q. Lxxvjii, art. I, et p. III, q. XLIII, art. I.

(2) Il est facile de voir que cette étude sur les lois de la nature est iort incomplète; j'ai été forcé par des circonstances indépendantes de ma volonté de retrancher ici les développements que je lui avais donnés d'abord. Peut-être aurai-je plus tard l'occasion de la compléter.

3° Que c'est par le moyen de ces lois que Dieu gouverne le monde et le conduit à ses fins.

4° Que Dieu seul peut déroger à ces lois par un acte spécial de sa toute-puissance.

5° Qu'il y déroge, de fait, quelquefois par les miracles.

De ces dernières conséquences on conclut logiquement que, lorsqu'un miracle parfaitement constaté est fait en faveur d'une doctrine ou d'une religion, il lui donne une autorité et une sanction souveraines, puisque Dieu lui-même intervient de la manière la plus évidente et la plus formelle.

Comme preuve de l'accord parfait entre les conclusions rationnelles de cette étude et les enseignements de l'Eglise. Voici les décisions du concile du Vatican relatives aux miracles:

Il peut y avoir des miracles, et on ne saurait reléguer au rang des fables ou des mythes les récits qui en sont faits même dans l'Ecriture sainte. On peut constater les miracles avec certitude, et en tirer une preuve en laveur de l'origine divine de la religion chrétienne (1).

(1) Concil. Vat Sessio m, canon m, Fide, 4. — « Si quis dixerit, 1> miracula nolla fieri posse, proindeqne omnes de ils narrationes, « etiam in Sacra Scriptura contentas, inter fabulas vel mythos able

* gandas esse; aut miracula certo cognosci ntmqnàm posse, nee iis

* divinam religionis Christians e originem rite probari; anatbema

* sit. »

TREIZIÈME LEÇON

La lumière est séparée des ténèbres.

Hypothèse de Laplace.

Origine des systèmes stellaires.

Nous avons vu, dans les dernières leçons, l'action immédiate et toute-puissante de Dieu sur la matière primordiale, la production du mouvement, et, par suite, de la lumière, au sein des ténèbres chaotiques; nous avons dit qu'à ce moment-là même, la sagesse incréée posa les lois libres mais constantes de la nature, et voulut que tous les phénomènes qui devaient se produire à jamais dans l'univers, s'accomplissent par l'effet et en vertu de ces lois souverainement fécondes (1).

(1) Je n'ai pas besoin de faire observer que la manière dont j'ai expliqué l'action des lois de la nature, est bien différente de celle qui voit dans les lois la cause de la création. Je n'ai pas voulu dire non plus que la matière ait formé elle-même les autres êtres de l'univers, mais j'ai dit que les transformations successives de la matière se sont faites d'après la volonté libre de Dieu et selon les lois ou l'ordre qu'il avait fixés. Ceci, pour répondre à des remarques trop peu précises de M. Glaire, dans les Livres saints vengés, tome I, page 61.

Je ne saurais non plus accepter la notion que Mgr Maupied donne

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