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Après ce coup d'œil général sur les dépôts post-tertiaires des environs de Constantinople, nous allons nous transporter sur la côte septentrionale du golfe sinueux d'Ismid (Nicomédie).

Toute cette côte, mais surtout la région comprise entre le cap Devé Bouroun et la plaine d'Ismid, est bordée par des dépôts détritiques qui, dans les parages de l'isthme de Dil Bouroun acquièrent un développement considérable, car, à l'exception d'un renflement calcaire situé au nord du village de Hersek et qui paraît être un affleurement local de la roche subjacente (terrain crétacéf?]), tout le reste de cet isthme est exclusivement composé de dépôts très-récents d'argile, de sable et de galets, recouverts d'une mince couche de terre végétale, ça et là plus ou moins marécageuse.

Depuis Hersek jusqu'à Karamoursal, les dépôts détritiques forment, le long de la côte septentrionale du golfe d'Ismid, une espèce de rempart de 2 à 3 mètres de hauteur, composé de galets symétriquement alignés, au milieu desquels on aperçoit des fragments de poteries et de briques; ces dépôts évidemment d'un âge très-récent et peut-être encore en voie de formation, s'étendent à l'est de Karamoursal en une bande plus ou moins étroite et finissent par s'épanouir en une large surface, représentée par la plaine assez marécageuse d'Ismid.

La nappe détritique qui revêt cette plaine, non-seulement atteint la rive occidentale du lac de Sabandja, mais encore se déploie tout autour de ce dernier, en l'encadrant d'une lisière qui occupe l'espace compris entre le lac et les montagnes (crétacées[?]) qui le bordent aune certaine distance. A l'extrémité sud-est du lac, cette lisière est composée de masses considérables de conglomérat, souvent horizontalement stratifié; c'est une espèce de rempart que l'on voit se terminer en coin à mesure que l'on s'avance de l'est à l'ouest le long de la rive méridionale du lac, également composée de sable, d'argiles et de galets; à 1 lieue environ au nord-ouest du petit bourg de Sabandja, ces dépôts forment des hauteurs assez élevées, que traverse un défilé très-boisé, sillonné en sens divers par des ravins profonds remplis d'eau croupissante.

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La surface extrêmement tourmentée du défilé, mais surtout la nature marécageuse du sol, rendent ces parages d'autant plus pénibles pour les chevaux, que les fondrières où ils s'enfoncent à chaque pas sont hérissées de dalles qui se dressent çà et là comme des barricades; ce sont les débris bouleversés d'un ancien pavé romain, ce qui prouve que cette contrée (comme tant d'autres en Asie Mineure) maintenant presque impraticable pour le cavalier et même pour le piéton, était jadis traversée par des voies de communication régulières et d'une construction monumentale, dont le rétablissement deviendra de plus en plus difficile et dispendieux, parce que chaque jour ajoute son contingent à l'œuvre accomplie par une longue succession de siècles de barbarie, pendant lesquels tous les éléments ont pu sans contrôle continuer leur travail de destruction et accumuler sans cesse les débris de tout genre.

Le défilé dont il s'agit débouche dans la grande plaine d'Ismid, où les hauteurs de conglomérat, d'argile et de sable s'abaissent brusquement. Il ne serait pas impossible que tous ces dépôts qui encadrent le lac fussent l'œuvre de ce dernier, à une époque où le niveau de ses eaux était bien supérieur à celui qu'elles atteignent actuellement.

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Les hauteurs calcaires (crétacées[?]) sur lesquelles s'appuient les sables, conglomérats et argiles dont est composée la rive orientale du lac de Sabandja, séparent ces dépôts de ceux qui revêtent presque la totalité de la vallée traversée par le Sakaria. Il est vrai, je n'ai point visité la partie de cette vallée comprise entre Geïwé et Yenischehr; mais comme la vaste plaine qui se déploie à l'est et au sud-ouest d'Adabazar1 n'est qu'une expansion locale de la même vallée qui continue sans interruption jusqu'à Yenischehr, on a droit d'admettre avec beaucoup de vraisemblance que la nappe détritique qui revêt la plaine d'Adabazar pénètre également dans la région supérieure de la vallée du Sakaria, tout en laissant percer çà et là les dépôts lacustres pliocènes; car, ainsi que nous l'avons vu (chap. v, p. 242), ces derniers constituent la charpente solide de la majorité des vallées appartenant au système hydrographique du Sakaria, en sorte que l'on est presque toujours certain de trouver dans ces vallées les dépôts lacustres pliocènes à une profondeur plus ou moins considérable au-dessous du diluvium.

1. Les dépôts détritiques, souvent très-puissants, qui revêtent la belle niais inculte plaine d'Adabazar, pénétrent dans les vallées latérales arrosées par les ruisseaux qui débouchent dans le Sakaria à pou de distance au nord-est-nord du petit bourg d'Adabazar. Au nombre do ces vallées latérales figure celle située entre Kbandek et Gumuschabad, et dont le fond est revêtu de puissants dépôts de sables rouges et de tuf volcanique, ainsi que je l'ai signalé en étudiant les roches éruptives de cette contrée. Voyez Roches éruptives, p. 227.

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Parmi les endroits où la présence de dépôts lacustres pliocènes immédiatement au-dessous du diluvium peut être positivement constatée, iigure la région limitrophe de la petite ville d'Eskischehr, située non loin du Poursak Sou, l'un des tributaires méridionaux du Sakaria. Ainsi que nous l'avons vu (p. 267), les calcaires lacustres qui constituent des masses considérables tout autour d'Eskischehr, font place à de puissants dépôts détritiques à mesure que l'on s'éloigne au sud-est de la ville, en sorte qu'à Sari Odjak, on ne voit qu'une vaste surface diluvienne, limitée plus à l'est par les montagnes que provisoirement j'ai rangées dans les terrains de transition. Or, à 1 kilomètre au nordouest du petit village susmentionné et à 2 lieues environ à l'est d'une hauteur calcaire (de terrains de transition [?]) nommée Tchal Dagh, se trouvent plusieurs travaux d'exploitation qui ont pour objet la magnésite (écume de mer) et consistent en un certain nombre de puits verticaux à peine assez spacieux pour y laisser passer le corps d'un homme de petite stature, et à l'abri de tout reproche de corpulence; ce n'est qu'à de telles conditions que l'ouvrier y effectue ses descentes et ses ascensions, en posant alternativement les pieds sur les gradins ou plutôt sur les saillies irrégulières taillées dans les deux parois opposées des puits. Ces trouées verticales ne constituent que des puits de recherche, car aussitôt que l'on a atteint la" couche riche en magnésite, on la suit à l'aide de galeries d'exploitation, espèces de couloirs horizontaux, très-bas, fangeux, obscurs et accessibles à. des conditions encore plus exceptionnelles que celles qu'impose la descente dans les puits verticaux. Ne possédant point ces conditions, j'eus le regret de renoncer à ce genre d'exploration, qui seule m'eût permis de me former une idée précise du gisement du minéral, ainsi que de la nature des roches traversées par les travaux souterrains.

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Autant qu'il me fut possible d'en juger, soit en plongeant du regard dans l'intérieur de ces puits où je laissais pénétrer la lueur d'un flambeau, soit en examinant les remblais accumulés autour de l'orifice des puits et en recueillant à cet égard des renseignements auprès des ouvriers, les parois des puits sont composées (de haut en bas) d'une masse d'argile rougeàtre de 6 à 7 mètres de puissance, dans laquelle se trouvent disposées, soit pêle-mêle, soit en couches horizontales, d'abord des conglomérats composés de fragments de roches diverses, parmi lesquelles prédominent ceux de serpentine; puis vient une couche de fragments de serpentine verte et de talcschiste, et enfin une assise composée exclusivement de fragments anguleux et non roulés de calcaire blanc d'eau douce. Il est donc probable qu'en poussant plus avant les excavations, on ne manquerait pas d'atteindre le calcaire lacustre in situ; ce qu'au reste on n'a aucun intérêt à faire, puisque au dire des ouvriers, le minéral qu'on recherche se trouve localement concentré dans les couches de conglomérats serpentineux et talqueux, sous forme soit de morceaux de magnésite pure, soit de rognons siliceux, revêtus extérieurement par une écorce plus ou moins épaisse de magnésite.

Ce qui rend plus vraisemblable encore la supposition que le calcaire lacustre se trouve in situ, immédiatement au-dessous de l'assise contenant des fragments anguleux de

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