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grand scandale de ceux qui honorent les reliques des serviteurs de Dieu. »

BAPTISTÈRE.—I. Aux temps apostoliques et durant les siècles de persécution, il n'y eut pas d'autre baptistère que les rivières et les fontaines; de là l'origine du mot de fonts baptismaux (fontss baptismi). Nous voyons, en effet, dans les Actes des apôtres, comment le baptême était administré aux premiers fidèles, et le baptême de l'eunuque de la reine de Candace en est le plus frappant exemple. On trouve dans les Catacombes de Rome des sources et des bassins qui ont été regardés par les savants archéologues italiens, qui ont publié de si intéressants ouvrages sur les soutorrains sacrés do Rome, comme les baptistères primitifs, où les apôtres et leurs successeurs administraient le baptême à ces fervents néophytes. Ceux-ci commençaient souvent la vie chrétienne au milieu des persécutions pour la finir bientôt par le martyre. Ils venaient reposer au sein de ces mêmes Catacombes obscures, à côté de cet endroit où ils avaient été engendrés à Jésus-Christ, suivant une belle expression de nos livres saints. Bosio en parle en plusieurs endroits de sa Roma totterranea, et nous rennyons à à l'article Catacombes pour n'avoir pas à répéter ici ce que nous y avons dit à ce sujet.

A quelle époque précise l'Eglise a-t-elle ordonné d'administrer le baptême dans un lieu consacré à cet usage et avec des cérémonies déterminées, en dehors des paroles essentielles de la forme du sacrement? Il serait difficile, pour ne pas dire impossible, de l'assigner d'une manière absolue. Saint Clément, si les actes qu'on lui attribue lui appartiennent réellement, est le premier qui prescrivit les onctions du saint chrême. Dans la suite, au iv* et au V siècle, les papes saint Damase et saint Léon y ajoutèrent les exorcismes, les bénédictions et les autres cérémonies.

Pour bien comprendre tous les détails dans lesquels nous allons entrer sur la forme et la disposition des baptistères et des fonts baptismaux, il est nécessaire de rappeler ici brièvement que le baptême se conférait anciennement dedeux manières principalement,

Sar immersion et par infusion. Le baptême donné par aspersion est regardé comme valide ; mais on ne connaît que de rares exemples de cette manière d'administrer ce sacrement. Il est constant que l'immersion fut pratiquée généralement dans les premiers siècles. Toutes les Eglises d'Orient baptisent encore ainsi. Ce fut en Occident, et dans le nord de l'Europe, que le baptême par infusion commença d'être pratiqué communément et de bonne heure, à cause des inconvénients et même du danger de l'immersion. En tout temps, d'ailleurs, l'Eglise grecque et l'Eglise latine regardèrent comme légitime la coutume de baptiser en versant seulement de l'eau sur la tête du néophyte.

Il ne saurait entrer dans nos vues de retracer ici, même de la manière la plus succincte, les rites et cérémonies qui accompagnaient l'administration du baptême et qui

BAP 492sont toujours en usage dans l'Eglise catholique. Nous citerons néanmoins quelques traits intéressants, propres à éclaireir certaines particularités archéologiques et iconographiques. On était dans l'habitude, en plusieurs églises, de faire manger aux nouveaux baptisés du miel mêlé de lait, pour faire entendre que, par le baptême, ils entraient dans la véritable terre promise, c'està-dire dans l'Eglise de Jésus-Christ, dont la terre de Chanaan n'était que la figure. Le nouveau baptisé était revêtu d'une robe blanche qu'il portait pendant huit jours. Eu Orient, on mettait sur la tête du néophyte une couronne de palmes et de myrte. Quelques églises d'Occident, entre autres celle de Narbonne, faisaient broder sur la partie supérieure de la robe blanche du baptisé une espèce de couronne en ruban rouge : cette couronneétait le symboledu sacerdoce royal dont le nouveau baptisé est honoré comme hérititier du royaume céleste.

Leciergéallumé, qu'on metencore entre les mains du nouveau baptisé,est un rite des plus anciens :saint Ambroise en fait mention. Les trois vers latins suivants d'un vieux poëte expriment assez bien les rites accessoires du sacrement de baptême:

Sal, oleum, ehruma, cereus, chrismale, saliva,
Fiants, virttlem buptiêmatis ista figurant.
Hcec cum patrinis non mutant sed (amen ornant.

IL

Lorsque la paix fut donnée à l'Eglise par suite de la conversion de l'empereur Constantin, le baptême fut administré solennellement aux nouveaux convertis dans des édifices particuliers, attenants aux principales églises et spécialement aux églises épiscopales. Ces édifices furent plus ou moins spacieux : ils étaient communément de forme ronde. A parler exactement, ce n'étaient d'abord que des bassins assez larges, recouverts d'un dôme ; on y montait par trois marches et on y descendait ensuite par quatre degrés. Saint Isidore de Séville reconnaît déjà un symbolisme dans ce nombre septeunaire, et d pense qne l'on voulait ainsi faire allusion aux sept dons du Saint Esprit.

Dès les premiers temps, on ajouta devant un grand nombre de basiliques chrétiennes une cour carrée, atrium ou parvis, environ jnée d'un péristyle sous lequel se tenaient les catéchumènes pendant la célébration des saints offices, auxquels il ne leur était pas permis d'assister. Au centre de Yatrium s'é -[ levait le baptistère, petit édifice de forme et de dimension très-variables, carré, circulaire, octogone, en forme de croix grecque, quelquefois d'une simplicité austère, souvent orné avec une grande magnificence. Il renfermait un bassin peu profond, ou une large cuve de matière précieuse, que l'on remplissait d'eau pour donner le baptême par immersion. Voy. Basilique.

Les baptistères ou basiliques baptismales étaient dédiés à saint Jean-Baptiste. On y voyait ordinairement des peintures représentantle baptême de Notre-Seigneur dans le Jourdain et de longues inscriptions relatives au même sujet. Au centre était suspendue une colombe d'or ou d'argent, dans laquelle on plaçait le saint chrême et l'huile des catéchumènes. Voy. Autel, Ampoule.

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Le pape saint Hilaire, qui occupa le siège de saint Pierre vers la fin du v* siècle, fit bâtir dans le baptistère de la basilique de Constantin trois oratoires en l'honneur de saint Jean-Baptiste, de saint Jean l'Evangéliste et de la sainte Croix. Les portes en étaient d'airain. On y voyait une colonne d'onyx qui portait un agneau d'or du poids de deux livres. Les fonts baptismaux étaient éclairés au moyen d'une lampe d'or du poids de douze livres. Trois cerfs d argent, de la figure desquels jaillissaient des jets d'eau, et qui pesaient ensemble quatre-vingts livres, remplissaient d'eau le bassin ou la cuve baptismale, au-dessus duquel était suspendue une colombe d'or du poids de deux livres.

Ces détails sont empruntés à la Vie des papes, écrite par Anastase le Bibliothécaire. Nous y ajouterons quelques traits pris à différents auteurs. On lit dans les Voyages liturgiques de Lebrun Desmarettes, qu'à NotreDame de Rouen , auprès de la chapelle de Saint-Jean-Baptiste, on voit un grand tombeau, long d'environ six pieds, dont le couvercle est de bois noirci. Cette forme tumulaire pour des fonts baptismaux n'est sans doute que la traduction symbolique des paroles de l'Apôtre t Contepulti sumus cum Mo per bnpiismum in mortem. « Nous avons été ensevelis avec Jésus-Christ par le baptême pour mourir au péché. »

On cite le baptistère de Florence comme un des plus magnifiques; il est isolé, suivant l'usage antique; ses portes en bronze sculpté passent pour un chef-d'œuvre.

Un concile d'Auxerre, en 578, défend d'enterrer dans les baptistères. On y conservait seulement les reliques des saints honorés dans l'église.

On trouve dans un canon du concile de Tolède un décret qui prescrivait h l'évêque de sceller de son sceau les portes du baptistère au commencement du carême, parce que pendant la sainte quarantaine on ne devait point baptiser : on devait attendre jusqu'au samedi saint.

Au temps où les évêques seuls conféraient le baptême, il n'y avait dans chaque ville épiscopale qu'un seul baptistère, quelque grande et populeuse que fût la cité. Ainsi, à Rome, il n'y avait que le seul baptistère de Saint-Jean de Latran. 11 en était de même à Constantinople. Certains monastères, ou églises collégiales, obtinrent la permission d'avoir un baptistère dans leur église conventuelle. Dom Martène, dans son ouvrage De antiquû Ecctesiœ ritibu»,nomme plusieurs monastères qui jouissaient de ce privilège.

Saint Charles B rromée admet dans ses Instructions pastorales sur les baptistères la forme ronde et la forme hexagone : mais il préfère la forme octogone, comme la plus parfaite. Il y attache une signification symbolique. Cette dernière forme figure les

octaves des fêtes de Notre-Seigneur et des saints; elle est aussi l'emblème de la perfection de la gloire éternelle.

Le baptistère annexé à la basilique de Saint-Jean de Latran est un des plus remarquables du monde : la tradition veut que Constantin y ait reçu le baptême; mais il a été considérablement modifié par lus papes Grégoire XIII, Clément VIII, Urbain VIII et Innocent X. On l'appelle l'église de SaintJean m Fonte; la cuve baptismale est une urne antique de basalte; elle est dans un emplacement circulaire pavé de marbres riches, et l'on y descend par trois marches. Ce baptistère est entouré d'une balustrade à huit pans : au-dessus s'élève une coupole soutenue par deux rangs de colonnes superposées; les huit colonnes inférieures sont de porphyre, et portent un entablement antique sur lequel s'élèvent les huit autres colonnes qui sont de marbre blanc. Entre les pilastres de ce second ordre sont huit tableaux représentant les traits de la vie de saint JeanBaptiste. Les murs du pourtour sont ornés de fresques. Chaque côté est flanqué d'une chapelle. On dit que c'étaient des pièces dépendantes du palais de Constantin et que le pape saint Hilaire consacra au culte. Les portes de ce baptistère sont en bronze. Les baptistères, quelquefois très-spacieux, puisque à Constantinople oh y tint des assemblées et un concile, étaient communément divisés en deux parties, de manière à séparer les sexes. Quelques églises, au lieu de cette séparation, avaient deux baptistères diilérents, un de chaque côté pour chaque sexe. Souvent, pour épargner,surtoutauxi nfants nouveau-nés, l'impression du froid, on mêla à l'eau des fonts de l'eau chauffée à ce dessein; c'est ce qui explique pourquoi certains baptistères renferment une cheminée. Du reste, elle pouvait servir aussi à réchaulfer les néophytes, après l'immersion, quand le baptême était administré pendant la saison rigoureuse.

III.

Le nombre des baptistères devint de bonne heure insuffisant, à cause des conversions nombreuses qui suivirent celle de Constantin, et surtout à cause de la coutume qui s'introduisit etqui persévère toujours de baptiser les enfants aussitôt après leur naissance. Les évêques dèslors ne conférèrent plus le baptême à tous ceux qui devaient le recevoir. Les prêtres consacrés au ministère paroissial, soit dans les villes, soit dans les campagnes, administrèrent eux-mêmes le baptême et établirent, pour cet usage, des fontaines baptismales, soit dans le vestibule ou narthex des basiliques, près des portes, soit à l'intérieur de l'église, à peu de distance do la porte d'entrée principale, située à l'ouest, et ordinairement du côté du midi. Cette disposition eut même, plus tard, une signification symbolique,au témoignage de Reini d'Auxerre. On préféra s ■ tourner vers le midi, parce que l'aquilon ou vent du nord représente le souffle du malin esprit, qui est sec fetîro^' e 495 BAP

roidit les cœurs contre l'amour de Dieu, en éteignant les saintes flammes de la charité. Il faut noter qu'à l'époque où le baptême fut généralement administré par tous les prêtres et où la cuve baptismale ne fut plus placée dans un édifice à part, les fonts baptismaux furent le plus souvent réduits à des dimensions moins considérables; nous en retrouvons, sans doute, des vestiges et pour ainsi dire une imitation dans les fonts baptismaux de l'époque romano-byzantine, au xr siècle, qui ont été conservés jusqu'à nos jours. Ce n est pas à dire toutefois que l'on abandonna complètement l'usage de donner le baptême par immersion: il parait, au contraire, que jusqu'au xnr et même au xiv* siècle, s'il faut s'en rapporter aux monuments iconographiques et surtout aux vitraux peints, on administrait le baptême par infusion et par immersion en même temps; le baptisé entrait dans une cuve remplie d'eau, et l'évêque ou le prêtre lui versait abondamment de l'eau sur la tête, à l'aide d'un vase à long col. Nous pouvons citer en exemple plusieurs traits historiques des beaux vitraux du xin* siècle à Bourges et à Tours.

IV. Il paraît que les églises qui conservèrent des baptistères ou dans lesquelles on établit d'abord des fonts baptismaux, furent privilégiées; dom Martène en met en évidence des preuves historiques fort curieuses. On leur donna des dîmes de préférence aux autres, d'après Baluze. D'un autre côté, dans un temps où les bénéfices ecclésiastiques, par un étrange abus, furent donnés aux laïques et même aux soldats , en récompense de leurs services militaires, les églises baptismales no furent jamais confiées qu'à des prêtres : c'est ce que prouve un capitulaire de Charlemagne, de l'an 793: De ecclesiis baptismalibus, ut nullalenus eas laici homines teneri debeant, sed per sacerdotes fiant, ticut ordo est, gubernatœ. Les mêmes se retrouvent dans un capitulaire de Pépin, roi d'Italie.

Il y avait autrefois en France des baptistères nombreux. Ils ont disparu, et c'est à peine si l'on peut aujourd'hui en signaler quelques-uns. Consultons d'abord les documents historiques; nous donnerons après quelques détails archéologiques.

Saint Grégoire de Tours, dans le livre m de Y Histoire des Francs, désigne sous le nom de templum baplisterii, le temple du baptistère, l'édifice dans lequel fut baptisé solennellement Clovis, à Reims. Le môme auteur rapporte qu'avant son avènement à l'épiscopat, Grégoire, évoque de Langres, habitait à Dijon une maison attenante au baptistère , dans lequel se trouvaient les reliques d'un grand nombre de saints, et qu'il se levait de sa couche pendant la nuit, sans faire de bruit, pour y aller prier en présence de Dieu seul. La porte s'ouvrant par la puissance do Dieu, il récitait pieusement les psaumes dans ie baptistère. Cum apud Divionense castrum

BAP 496moraretur assidue, et domus ejus baptisterio adhœreret, in.quo multorum sanctorum reliquiœ tenebantur; nocte de stratu suo, nullo sentienle , consurgens, ad orationem , Deo tantum teste, pergebat; ostio divinitus reserato, attente psallebat in baptisterio. Ce passage fort curieux a été cité par M. de Caumont qui l'a mal traduit. (Cours d'Antiq. monum. tom. VI, pag. 25.) On y voit clairement que le baptistère formait un édifice entièrement séparé de l'église principale. La même remarque ressort évidemment d'un autre endroit des écrits du même saint Grégoire de Tours. Dans le livre x de son Histoire des Francs, en parlant des actes de saint Perpet, évêque de Tours, du règlement qu'il avait établi dans son église, et des vigiles qu'il avait ordonnées aux différentes fêtes, il dit que, pour la passion de saint Jean, les vigiles avaient lieu à l'église du baptistère. 11 nous apprend ailleurs qu'il avait luimême fait construire, près de la basilique de Saint-Perpet, un baptistère dans lequel il avait déposé les reliques de saint Jean, de saint Serge et de saint Bénigne, martyrs.

Neus pourrions citer un grand nombre de textes historiques, empruntés à divers auteurs; mais ceux que nous avons rapportés suffisent bien pour montrer que les baptistères primitifs dans notre pays, comme en Italie , étaient établis dans des constructions religieuses spéciales, et qu'ils étaient placés, le plus communément, dans le voisinage d« l'église principale. Nous ne possédons actuellement en France qu'un très-petit nombre de ces baptistères antiques, qui puissent répondre, par leurs dispositions présentes, aux descriptions des historiens. Nous donnerons ici une courte notice sur deux monuments de cette nature qui ont spécialement attiré l'attention des archéologues, et qui méritent d'ailleurs une étude particulière sous plus d'un rapport. Nous voulons parler de l'église de Saint-Jean, à Poitiers, du baptistère de la cathédrale d'Aix en Provence, et de celui de Fréjus.

Une des particularités les plus intéressantes delà cathédrale de Fréjus se trouve dans le baptistère antique qui l'accompagne. Le baptistère est séparé de l'église par un porche; il est soutenu par huit colonnes antiques en granit gris,surmontées de chapiteaux corinthiens en marbre blanc. La corniche, en saillie, porte la naissance des arcs à plein cintre qui forment le dôme; des chapelles ont été pratiquées dans les entre-colonne= ments.

A Aix, le baptistère, qui communique avec la nef de la cathédrale, est plus bas que le pavé de l'église. Il a été restauré fl y a quelques années; mais cette restauration n'a pas assez respecté les vieilles inscriptions qui enrichissaient le monument. Huit colon nés antiques de granit poli soutiennent la coupole du baptistère. Toutes, une seule exceptée, sont monolithes. Une douzaine d'au très colonnes, placées aujourd'hui hors du baptistère, paraissent y avoir appartenu primitivement. Suivant une note de Millin, ces colonnes sont d'une hauteur inégale; leurs bases diffèrent de proportions.

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Quant à l'ancienne église de Saint-Jean, à Poitiers, qui est regardée comme le baptistère primitif de cette ville, on en trouve la description dans plusieurs auteurs. Nous en dirons seulement quelques mots en rapport avec notre sujet. Le monument est bâti sur le plan d'un parallélogramme allongé ; il est percé d'une ouverture semi-circulaire sur chaque face, et il est orné à l'intérieur de colonnes en marbre de différentes dimensions. Au centre de l'édifice se trouvait la piscine; elle était comblée depuis longtemps, lorsque Sianve fit pratiquer des fouilles et la remit à découvert. Cet auteur a consigné les faits résultant de cette exploration dans un volume publié en 1804, et renfermant ses recherches sur quelques antiquités du Poitou. « A peine les ouvriers eurent-ils enfoncé le pic dans la terre, dit Sianve, qu'on aperçut un ciment d'une dureté extraordinaire. Bientôt je vis un mur à pans, décrivant un octogone complet. Je me rappelai alors le passage suivant de dom Martène: « L'église « de Saint-Jean était autrefois le baptistère « de toute la ville de Poitiers : on descendait « par des degrés dans les fonts baptismaux « qu'elle renfermait. » En faisant continuer le déblai, je commençai à distinguer la dernière marche de l'antique piscine. Les murailles étaient construites de la même manière que celles du temple; mais au lieu d'un revêtement en pierre, il y avait une chape de ciment très-dur et très-uni. La largeur de la dernière marche était de 216 millimètres , et sa hauteur, jusqu'au fond de la piscine, de 402 millimètres. L'enduit de ciment cessait à cette profondeur, et il me parut qu'on avait enlevé le pavé, qui probablement était de pierre ou de marbre; mais sur le béton qui le supportait j'aperçus le canal destiné à fécoulement des eaux, qui partait du milieu de la piscine et se dirigeait par une pente douce du côté de l'est, où il se dégorgeait dans un tuyau de grès de 30 centimètres de circonférence. »

« Je n'ai trouvé que deux marches; mais, à en juger par l'épaisseur du mur d'enceinte et le niveau de l'ancien pavé, il devait y avoir trois marches au moins, qui régnaient sur toutes les faces de l'octogone. On avait employé, dans la construction de cette piscine , autant que je puis croire, le mortier que Vitruve désigne sous le nom de signinum, et qu'il conseille pour la confection des citernes. On aperçoit de distance en distance un rang de ces grandes briques que je crois être les lateres pentadoron de Pline. »

M. de Caumont, qui cite le passage précédent dans son Cours d'Antiquités monumentales, fait remarquer que l'une des colonnes corinthiennes en marbre, qui supportent l'arcade ouverte, offre des poissons en guise de volutes au-dessus des feuilles d'acanthe, ce qui confirme encore la destination attribuée à l'église Saint-Jean de Poitiers. Tout le monde sait que le poisson, qui était l'emblème de la qualité de chrétien, parce

que le mot grec \xs\i renferme les initiales des mots Jésus Christus Dei Filius Salvator, était aussi l'emblème du baptême dans les premiers siècles, parce que le poisson vit dans l'eau avec laquelle on donne le baptême qui nous rend chrétiens, suivant une observation bien connue de saint Augustin.

Le baptistère de Châlons, selon une note que nous avons insérée dans notre livre des Cathédrales de France, fut bâti à une certaine distance de l'église-mère ou cathédrale, et consacré à saint Jean-Baptiste. La petite église qui fut construite à côté, et que nous voyons aujourd'hui, réédifiée au xi* siècle, fut consacrée sous le même vocable. A la partie latérale et inférieure nous avons admiré un petit monument d'une grâce parfaite, fleur délicate épanouie sur une tige vieillie. Cette construction, appuyée sur la base du baptistère primitif, date du commencement du xvr siècle.

VI.

Du Cange, en son Glossaire, a remarqué qu'à Florence il y a un baptistère de forme ronde, dédié à saint Jean-Baptiste. On trouve, dans quelques vieux manuscrits grecs, des figures de fonts baptismaux qui sont aussi de forme ronde. 11 y avait plusieurs fonts dans chaque baptistère, parce qu'on baptisait plusieurs personnes à la fois, et même plusieurs autels, parce qu'on donnait autrefois la communion immédiatement après le baptême. Dans les commencements, comme nous l'avons déjà dit ci-dessus, les baptistères n'étaient que dans les grandes villes où résidaient les évêques , parce qu'il n'y avait qu'eux qui eussent le droit de baptiser. 11 n'y en avait môme qu'un qui était dans l'église cathédrale ou qui en formait une dépendance. Néanmoins un historien prétend qu'il y a eu dès le commencement, dans home, plusieurs baptistères, et que presque chaque paroisse avait le sien: ce qu'il regarde comme un privilège particulier à cette grande ville. A la campagne, les paroisses d'un diocèse étaient divisées en doyennés; c'était ainsi qu'on appelait un certain nombre de paroisses qui étaient sous la direction d'un archiprôtre, et il n'y avait des fonts baptismaux que dans une des églises de chaque doyenne. On appelait, en latin, cette église plebs , et celui qui la desservait s'appelait doyen de la chrétienté (decanus christtanitatis), parce que c'était dans son église que l'on conférait le sacrement qui nous lait chrétiens. (Voy. le P. Thomassin.) Dans la suite des temps, pour administrer plus facilement le baptême, les évêques accordèrent aux paroisses le droit d'avoir des fonts baptismaux.

VII. .

Le baptistère de Florence passe, aVr**son, pour un des plus beaux et des pl" >u-rieux de l'Italie. Les amateurs d'archéologie païenne ont prétendu que c'était on»1 ^~ 499 BAf

inent un temple dédié à Mars; mais celte opinion in vraisemblable a été abandonnée. II est octogone et consiste en une grain le coupole également a buit faces. Seize grosses colonnes de granit forment sa décoration intérieure, et portent une galerie qui s'étend tout autour de l'édifice. La voûte a été ornée de mosaïques par André Tasi, disciple de Gimabué. Au milieu était j-idis un magnifique bassin octogone, dont on voit encore la place sur le pavé; il se trouvait au centre de la coupole : tout l'édifice a 85 pieds de diamètre. L'extérieur est revêtu de bandes de marbre dans le goût florentin. Les trois portes en sont décorées de statues, chefs-d œuvre de l'art moderne. Lorenzo Ghiberti fit, pour la principale entrée, ces fameuses portes

3ue Michel-Ange trouvait dignes d'être celles u paradis. Les autres furent faites sous sa direction par André de Pise.

Il y a encore un magnifique baptistère à Pise. Il fut commencé en 1152 et achevé, en huit ans, par Dioti Salvi, qui en fut l'architecte. Au milieu de ce baptistère, on voit une grande cuve octogone de marbre, avec des rosettes sculptées sur les faces. Elle est divisée en cinq cavités, dont la plus grande est au milieu; les autres sont au pourtour. Ces dernières étaient vraisemblablement les seules remplies d'eau.

VIII.

Après avoir traité des baptistères, il nous reste à parler des fonts baptismaux placés à l'intérieur des églises. Nous diviserons en deux articles ce que nous avons à dire sur cet objet. Dans le premier, il sera question des fonts durant la période romano-byzantine.au \i" et au tu' siècle ; dans le second, il sera question des fonts durant la période ogivale.

Nous devons d'abord émettre ce principe, à savoir,que las caractères archéologiques do l'architecture , à chaque grande période architecturale, peuvent guider d'une manière certaine, pour déterminer l'âge des fonts baptismaux. Les artistes ont su imprimer aux parties accessoires des édifices religieux, et souvent aux moindres détails, un cachet qui ne dilfère pas de celui qui est empreint sur les murailles ornées, et surtout aux portes et aux voussures des constructions les plus importantes.

Au commencement du xT siècle, les fonts baptismaux sont ordinairement en pierre: on suivait fidèlement, pour les établir, les prescriptions des conciles de ce temps, qui ordonnent de les construire en pierre. Durand, évôque de Monde, en fait la remarque: Débet fons ette lapideut; in concilio llerdensi ttatulum est ut omnis presbyter qui fontem lavideum habere non pottst, vas convemens ad hoc officiwn habeat, quod extra ecclesiam non deportetur. (Rat. divin, offic, lib. vi, art. 25.) La plupart des fonts qui remontent à cette époque, et qui ne sont pas très-rares dans nos églises rurales, sont en calcaire très-dur, en marbre, on grès, en granit; il n'y en a qu'un fort petit nombre qui soient

BAP 500en plomb. Les auteurs font mention de fonts coulés en bronze : on n'en connaît jusqu'à présent aucun de cette matière qui soit parvenu jusqu'à nous.

Les fonts les plus anciens sont en forme de cuve arrondie ou cylindrique, sans supports ou avec plusieurs supports variés. Ceux de la première classe sont fort communs. Nous en avons retrouvé un assez grand nombre en Touraine et dans d'autres contrées du centre de la France : M. de Caumont et d'autres archéologues en ont signalé beaucoup en France. Ces fonts sont ornés généralement de masques humains ou de sculptures grossières, dans le style romano-byzantin. Les fonts en plomb les plus curieux sont ceux de Strasbourg et d'Rspeauboarg, dans le pays de Bray, à cinq lieues de Beauvais.

Les fonts de Strasbourg proviennent d'une église d'Alsace, et sont devenus la propriété d'un archéologue zélé. C'est une espèce de cuve entièrement couverte de personnages ou de moulures. En examinant le style des personnages et des moulures, on y reconnaît aisément une œuvre du xu' siècle. L'histoire de Jésus-Christ y est reproduite dans une suite de tableaux disposés sur deux lignes à l'entour de la cuve. On voit d'abord l'Annonciation dans la série de tableaux la plus basse. Les parties inférieures des figures représentant l'ange Gabriel et la sainte Vierge sont brisées, mais la partie supérieure est presque complète : l'ange tient un phylactère sur lequel était, sans doute, la salutation angélique Ave, Maria, gratin plena. On distingue encore la fin du mot Maria et le mot gratia en abrégé.

Le second tableau nous fait assister a la naissance de Jésus-Christ dans l'étable de Bethléem. La sainte Vieige c-sl couchée sur le premier plan; à sa gauche est l'enfant Jésus, emmaillollé dans des linges maintenus au moyen de bandelettes. Dans le fond paraissent deux tètes d'animaux.

Plus loin, sous une arche décorée de ligzags, est un personnage assis, la tète appuyée sur la main gauche et le bras droit posé sur les genoux : c'est probablement saint Joseph. Dans le cinquième tableau on voit une étoile annonçant la venue du Messie, ou plutôt figurant la clarté merveilleuse qui brilla dans les cieux à la naissance du Sauveur, et un ange qui annonce aux bergers le grand mystère de l'étable de Bethléem. Le sixième tableau montre la présentation de Jésus au temple. Notre-Seigneur, sur le bras de la Vierge, tient un cierge à la main ; auprès de l'autel, qui ressemble à une table carrée, couverte d'une draperie fort simple, on voit le vieillard Siméori ; derrière le saint vieillard est une femme, qui représente probablement la prophétesse Anne : elle tient à la main un vase qui ressemble h un encensoir. Derrière la sainte Vierge vient une femme portant deux colombes, offrande de la purification des femmes pauvres chez les Juifs.

Le tableau suivant est incomplet. Dans l'autre, qui est mieux conservé, on voit Jé

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