Aby Warburg, ou, La tentation du regard: biographie

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Hazan, 2013 - Art - 429 pages
- Volontiers cité, notamment par l'entremise de son expression « formule de pathos », mème si les francophones ne disposent que d'une infime partie de ses écrits, Aby Warburg fait figure de légende dans l'histoire de l'art. Il n'existe de lui qu'une biographie en anglais, dite « intellectuelle » par Ernst Gombrich, qui a considéré que l'épisode psychotique du savant devait ètre passé sous silence.

Il convenait, surtout pour le public français, de considérer ensemble la vie entière de Warburg et son oeuvre, profondément imbriquées, comme il le revendique lui-mème dans l'un de ses derniers textes: « Parfois, il me semble que j'essaie, comme psycho-historien, de déceler la schizophrénie du monde occidental à partir de ses images, et comme dans un réflexe autobiographique: d'un côté la nymphe extatique (maniaque) et de l'autre le douloureux dieu fluvial (dépressif), comme les pôles entre lesquels l'homme sensible, donnant fidèlement forme à ses impressions cherche son propre style dans l'acte créateur. L'antique jeu du contraste entre vie active et vie contemplative. » A partir des sources publiées en allemand et en italien, des inédits consultables aux Archives de Londres, des correspondances, ce livre expose le développement de la pensée et de l'action de Warburg dans les divers domaines où il les a appliquées, où l'on ne l'attend pas toujours: l'histoire de l'art certes, l'édification, murs et livres, d'une bibliothèque privée de réputation mondiale, lieu mythique, de nos jours encore, de la recherche sur la Renaissance, mais aussi la politique culturelle et la politique européenne. Il en ressort que loin de se limiter à ètre l'instigateur de « l'iconologie » panofskyenne, cet homme du XIXe est à l'origine des approfondissements majeurs de l'approche de l'art. Juif de sang, hambourgeois de naissance et Italien de coeur, témoin du « monde d'hier », il en a connu les acteurs, vécu la gloire dans l'Allemagne wilhelminienne et l'effondrement sous la République de Weimar. Disciple de Justi et d'Usener, il est encore un aiguillon stimulant pour le XXIème siècle. Opposé aux attributionnistes, enthousiastes et formalistes de son temps (Wöfflin, Berenson, ... Croce), à l'histoire de l'art homogène et autonome, il a frayé nombre de voies (sur le pouvoir de l'image, l'esthétique de la réception, l'introduction des sciences humaines dans la compréhension de l'art...) propres à stimuler les disciplines esthétiques de nos jours, soit près d'un siècle après sa disparition.

About the author (2013)

Après un doctorat de philosophie consacré à Ludwig Wittgenstein, et accompli à Munich, Cornell et Oxford, auprès des anciens étudiants du philosophe, Marie-Anne Lescourret a poursuivi son exploration de la philosophie analytique en traduisant ses auteurs, Wittgenstein de l'allemand, B.Williams et M.Dummett de l'anglais, pour les éditions Gallimard. Collaboratrice de différents journaux (l'EXPRESS, Le Matin de Paris, Libération... ), elle écrit plusieurs biographies, descriptions du développement d'une oeuvre, d'une pensée, dans un contexte historique et intellectuel. Ainsi de Rubens, (Paris, Lattès, 1990, rééd. Flammarion, 2004; trad. en anglais, néerlandais, russe, estonien), Emmanuel Levinas, (Paris, Flammarion, 1994-1996,2005; trad. néerlandais, coréen); Goethe ou la fatalité poétique, (Paris, Flammarion, 1998); Claudel, la conversion du désir, (Paris, Flammarion, 2003 ); Bourdieu, vers une économie du bonheur (Paris, Flammarion, 2008); Aby Warburg ou la tentation du regard, (Paris, Hazan 2015), Prix Pierre Daix 2016. Après une HDR en philosophie, sur l'herméneutique de l'oeuvre d'art, elle enseigne l'esthétique aux plasticiens, musicologues et historiens de l'art comme Professeur associé de l'Université de Strasbourg. Elle publie alors une Introduction à l'esthétique (Paris, Champs, Flammarion, 2002) ainsi que, dans divers recueils, (chez Mardaga, Hermann, P.U.S.,...) une série d'articles d'esthétique musicale sous l'intitulé « Musica impura » (I à VII). Productrice déléguée d'émissions musicales sur France-Culture -dans la série « La musique et les hommes » (sur Wittgenstein, Hermann Hesse, Alejo Carpentier, Hans-Werner Henze, Thomas Mann, dans les années 80), elle consacre dès 1993 un séminaire au musicologue allemand Carl Dahlhaus à l'IRCAM. En 2014, elle publie aux éditions de l'Eclat La dette et la distance, actes d'un colloque par elle organisé en 2013 à propos des étudiants juifs allemands de Heidegger, Levinas, Anders, Löwith, Jonas, Arendt, Marcuse, Strauss, Kuhn. Professeur invité des universités de Buffalo (USA), Campinas (Brésil), Shanghaï (Chine), elle a donné des conférences en Europe (Londres, Berlin, Rome, Pérouse, Monopoli, Vilnius, Minsk....) en Amérique du Nord (Montréal, Purdue), en Asie (Shanghaï, Xiamen, Hang-Zhou, Tokyo). Ses travaux sont traduits en plus d'une douzaine de langues. Elle est actuellement l'un des éditeurs de la revue CITES (P.U.F.) pour laquelle elle a coordonné les dossiers consacrés à Wittgenstein politique (avec S.Lauguer, CITES n°38), Genre et sexe, nouvelle frontière ? (CITES n°44); Immigration: fantasmes et réalités (CITES n°46) et Bourdieu politique (CITES n°51).

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